‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 225 sur 302 · CHAPITRE X. «I · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. «I

et que Royer-Collard , de sa voix toujours solennelle et sentencieuse, me dit (Mais dois-je ici le répéter? Eh pourquoi pas?) « Monsieur, ce que vous avez « fait là, ce n'est pas seulement un heau discours, « c'est une courageuse et bonne action ! )j

Voilà des satisfactions d'amour-propre, sans doute fort séduisantes. Et cependant, n je ne consignais pas ici cette page de mon histoire , qui jamais dans la Postérité , qui, même parmi nies contemporains , en rechercherait, en retrouverait le moindre souvenir? Comment s'imaginer que, au milieu de cette multitude de luttes journalières et si diverses, de cet océan de paroles, de ces floîs tumultueux de discours qui s'engloutissent mutuellement, ce discours seul surnagerait?

Je n'eus garde de me laisser aller à une telle illusion. Le meilleur résultat que je retirai de cette épreuve, fut donc d'apprendre, par moi-même, combien sont vives et dévorantes les émotions que donne ce genre de succès. Combien doit-il être difficile à rhomme né orateur de s'y modérer, de n'en rechercher que de légitimes, sans se laisser entraîner par la vanité , par la rivalité ou l'envie, sur cette voie ambitieuse, où, dès qu'on s'arrête, on se trouve remplacé ou dépassé; où la question si brûlante et la renommée si éclatante de la veille sont si promptement effacées par la question aussi passionnée et par la renommée non moins brillante du lendemain 1 Cette carrière d'orateur, quant à l 'amour-propre, là, plus que partout ailleurs , excité , c'est le travail d'Ixion ! Il y a sans cesse à recommencer.

Pour moi, qui ne me sentais ni orateur, ni improvisateur, je n'eus pas besoin du frein de ces reflexions pour m'arrêter sur le seuil de cette carrière ambitieuse; mais il m'en resta la satisfaction d'un devoir bien rempli. Quant aux éloges, aux invitations qu'on me prodigua , et à l'espoir trompeur que mon parti fonda sur ce début, je soufflai sur toutes ces illusions. Dès le lendemain , rentrant donc dans ma vie de famille et dans mes habitudes littéraires , je m'arrachai à l'histoire trop vive du jour pour me remettre, tout entier, à l'histoire trop morte de Charles YIll, qu'au;^ yeux présents et à venir j'avais la prétention de ressusciter.

Mais la lutte si animée, qui m'avait distrait de ce travail, ne pouvait en rester là. Le 3 mars j'étais encore au lit , la plume à la main , livré à ce loisir libre, solitaire et occupé qui m'est si cher, quand un billet pressant de M. Pasqùier me força de me rendre chez lui avant neuf heures.

Il y avait cinq jours que les Députés nous avaient renvoyé sèchement leur abrogation de toute commémoration du 3T janvier, sans égard pour l'opinion de noire* Chambre. Évidemment, nous' ne devions répondre à cette brutalité que par une brutalité pareille : l'honneur, la conscience l'exigeaient ainsi, et là-dessus notre Commission n'hésitait pas. Cependant le Roi , mil inspiré ou mal conseillé , s'obstinait à sacrifier la morale publique et son devoir de Roi au vain désir d'effacer tout souvenir d'une tache originelle. Il s'épuisait donc en démarchés auprès de la Commission des Pairs pour en obtenir la proposi-

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