CHAPITRE III
iion du National j Eymery, mon éditeur, accourut chez moi, tout éperdu. « Bon Dieu ! qu'avez- vous fait? gé* « néral, s'écria-t-il de la porte en m'a percevant; vous «( venez de tuer notre Charles YIll! Ah quelle faute! « Hé quoi! la veille de la publication, au moment a même où il va paraître , soulever ainsi contre lui « toute la Presse ! Le voilà proscrit , mort-nél 11 ne «r s'en relèvera pas! »
En effet, la Presse quotidienne, tout entière, s'entendit pour se venger d'un auteur qui venait d'oser attaquer l'un de ses organes. Elle se coalisa si complètement contre le pauvre Charles VIII , que nonseulement nul n'en osa prendre la défense, mais que tous , hors Les Débats , se refusèrent même à l'insertion d'une simple annonce de cet ouvrage.
Ce fait^st, sans doute, l'un des moins importants qu'on puisse citer; mais quel autre Pouvoir, ou Royal, ou Impérial, ou Aristocratique, a plus abusé, et plus désastreusement, de sa puissance? Les anciens disaient que dans l'homme ce qu'il y avait de meilleur et de pire était la langue; et pourtant combien sa portée d'action est bornée et instantanée! Que diraient-ils donc aujourd'hui de cette autre langue moderne, et de sa quotidienne et universelle omnipotence ? Et que dira-t-on un jour de nous, quand dans notre histoire on verra que nous avons prétendu reconstruire une société morale bien ordonnée et un Gouvernement durable, en laissant cette arme si acérée, et si difficile à rendre courtoise , entre les mains du premier venu à qui il convient de s'en servir?
D'autre parti quand une société nombreuse, et aussi
avancëe en civilisation , s'empare d'une faculté nouvelle d'une aussi grande utilité , comment en limiter, dans une juste mesure, le développement? Voilà pourtant quel est le sort attaché à tous les progrès, chacun ayant son inconvénient; d'où l'on voit que l'histoire de V Arbre de Science est aussi prophétique que rétrospective , et qu'elle s'applique à l'âge avancé de la société humaine comme à son commencement !