‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 236 sur 302 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bugeaud y qui était entièrement étranger à la défense de cette partie de la capitale. Ce mensonge devait, quatorze ans plus tard y contribuer à notre perte y quand ce général, devenu Maréchal et Duc dlsly y se trouvant déjà frappé d'impopularité y fut écarté par le Gouvernement , lorsque seul il eût pu nous préserver du plus triste de tous les désastres.

Mais la douleur me porte sans cesse à anticiper; revenons donc à Tannée i834. L'anarchie venait d'être vaincue une fois encore. Un cri général d'indignation s'était même élevé contre la récidive audacieuse de tant d'attentats. Néanmoins , comme le jury n'aurait peut-être pas osé les condamner, la haute Cour des Pairs fut chargée d'en faire justice. Dès lors la Presse révolutionnaire tourna contre nous toutes ses armes; Le National était la plus dangereuse. Le lo décembre un article de ce journal parut si injurieux aux membres du Bureau de notre Chambre, qu'ils se décidèrent à en provoquer la punition.

J'étais,- ce jour-là, préoccupé d'une brouillerîe survenue entre M. Dupin, Président des Députés, et le ministère. M. Guizot m'avait prié d'intervenir dans cette querelle, en sorte que j'arrivai tard à la séance. On m'y attendait , elle était même suspendue. Surpris de cette singularité, dont je ne soupçonnais nullement la cause, je le fus bien plus encore lorsque M. Pasquier me l'expliqua. « Vous vous «êtes, me dit- il, souvent et hautement déclaré a contre la faiblesse du Gouvernement, supportant « toutes les injures delà Presse; c'est pourquoi, dans

<c cette circonstance 9 nous avons compté sur vous « pour en provoquer la répression! »

L'affaire présentée ainsi , il n'y avait pas à reculer. Je répondis donc que j'étais prêt à prendre Tinitiative^ mais à condition que, une fois entré dans cette voie , on y persévérerait résolument jusqu'à extinction de cette licence dont on reconnaissait enfin le danger. Cette promesse obtenue, dès le lendemain 1 1 décembre , et sur mon accusation , le gérant du National fut condamné par la Chambre à deux ans de prison et à dix mille francs d'amende.

Je l'ajoute ici avec regret, malgré la promesse qu'on m'avait faite cet exemple de répression resta isolé. A ce propos , je me souviens que , ce jour-là même, un homme d'esprit, lebibliothecaire.de notre Chambre, me dit : « Vous venez, général, de vous a exposer à bien des inimitiés. Mais, quelqu'hono- « rable que soit cette voie , vous vous y rebuterez : « vous ferez comme ceux qui vous y pnt précédé, « qu'on n'y a point soutenus, et que j'ai vus suc- « cessivement se décourager ! »

Je persistai cependant , mais ce ne fut pas , je puis le dire, sans quelque mérite, car, indépendamment d'autres dangers, cette lutte avait pour moi, comme homme de Lettres, d'assez graves inconvénients. La preuve en est dans ce qui m'arriva, dès le surlendemain, pour l'histoire de Charles VllI. Cette histoire, en deux volumes, m'avait coûté quatre années d'un travail si assidu, que j'en fus malade. L'ouvrage venait d'être imprimé, on le brochait, il allait paraître, quand, le 12 décembre, lendemain de ma dénoncia-

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