‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 239 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

devait 9 à tour de rôle et à trois reprises, être consulté.

Il y avait surtout ici deux dangers à prévenir : Tun, que la fatigue périlleuse et la durée des débats et du jugement, en éclaircissant les rangs des juges, ne les réduisissent au-dessous du nombre indispensable, c'est-à-dire du tiers présentdes membres de la Chambre, et ne forçassent à recommencer tout le procès. Cela faillit arriver par les scrupules et la lassitude de quelques-uns , et par le découragement de plusieurs autres. En effet, depuis le 5 mai jusqu'au x3 août, jour où fut terminé le jugement de la première série, celle de Lyon , quarante-six Pairs nous ayant fait défaut, de cent soixante-quatre que nous étions en commençant, nous n'étions déjà plus, en finissant, que cent dix-huit !

L'autre danger était plus grave. Il était à craindre que ces débats , où les représentants de la démagogie allaient comparaître en si grand nombre devant les représentants de toutes les notabilités sociales, ne prissent l'apparence d'une lutte de partis, d'une violence 4e vainqueurs contre des vaincus, d'une vengeance déclasse enfin , plutôt que d'un jugement impartial et désintéressé. Ce second danger fut évité par la sagesse de la Cour, et surtout par la prudence et l'habileté de son Président. Ses formes furent constamment patientes et protectrices, sans faiblesse, jusqu'à l'indulgence la plus grande; on lui dut encore, et aux magistrats qui nous dirigèrent, l'emploi généreux de l'omnipotence de la haute Cour. On sait qu'elle ne s'en servit contre les coupables que pour adoucir la pénalité.

Celte ligne de conduite, adoplée, fut suivie depuis sans déviation. Elle eut pour effet d adoucir les mœurs publiques. Ce fut un exemple de noble modération, donné par la haute partie de la société devenue victorieuse : exemple d'autant plus frappant qu'il contrasta avec la férocité de la classe inférieure, lorsque, en 1793 9 celle-ci, se faisant juge de cette classe supérieure alors vaincue, l'avait décimée avec une si atroce et si inique barbarie !

La déportation , qu'alors nous substituâmes à la peine capitale, eût été suffisante pour débarrasser le sol français de ces insensés , si le Gouvernement, plus résolu , en eût rendu réelle l'application.

liCs trois premières séances furent troublées par les violences de Cavaignac, par les fureurs de Lagrange, poussées jusqu'à la démence^ et par les clameurs assourdissantes de cette foule d'accusés : véritables . émeutes où , gesticulant et menaçant , ils insultèrent, de leurs poings , la Cour. Ils vociféraient, surtout, contre sa compétence et contre sa décision de n'admettre que des avocats pour défenseurs. Ce premier scandale ne cessa que par un arrêt rendu le 8 mai. D'autres arrêts dans le même esprit, s'appliquant aux débats el au jugement , comme à la lecture de l'acte d'accusation , autorisèrent à disjoindre les causes malgré leur connexité; à juger par séries, séparément même, et sur pièces et témoins, ceux que leur obstination dans leur révolte contre la Justice forcerait à exclure de l'audience.

Nos délibérations intérieures à ce sujet furent si pénibles , que deux d e nos collègues, après avoir pro-

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