CHAPITRE IV. 4U
testé , nous abandonnèrent , et que Tun de nos principaux magistrats, hésitant à s'associer au premier de ces arrêts, fit ajourner la décision au lendemain. Il perdit même connaissance sur son siège, soit émotion des scènes tumultueuses de l'audience , soit effroi de la gravité de cette dérogation aux formes protectrices de la procédure alors en usage. Néanmoins ce premier arrêt , comme les suivants qui en furent la conséquence, fut adopté, et depuis, une loi conforme à ces décisions les a consacrées*
Cette première difficulté vaincue, aussitôt après il en vint une autre, celle des défenseurs non inscrits au tableau des avocats , ^t comme tels récusés par la haute Cour. Leur protestation avait été suivie d'une lettre diffamatoire contre notre Chambre. Ce factum avait été publié le xi mai, avec des signatures, dans les journaux factieux de celte époque. Dénoncé par l'un de nous, les signataires présumés , mis en cause, furent appelés à la barre pour en répondre. Dans le nombre se trouvaient deux Députés, dont un seulement, Audry de Puyraveau, persévéra. Il fut abandonné par sa Chambre à la justice de la haute Cour qui le réclamait; mais ce ne fut qu'après les plus violents débats , au milieu des cris les plus séditieux de rOpposition , et en dépit des insultes de la mauvaise Presse , dont un organe , Le Réformateur^ s'attira une condamnation semblable à celle que, récemment, j'avais fait infliger au National.
Sur les cent soixante défenseurs, quatre-vingtdeux comparurent. Cefurent, entre autres, Lamennais, Servais, Trélat, Raspail, noms que la révolution de
4i6 LIVRE TROISIÈME.
1848 a reproduits. Mais, la plupart ayant désavoué leur signature 9 deux journalistes , deux auteurs delà lettre dilTamatoire, et quatre signataires , furent condamnés à la prison et à trente et quelques mille francs d'amende. Un cinquième signataire, le Député Àudry de Puyraveau , résistant à sa Chambre et à la nôtre, avait refusé de comparaître. Sa cause réservée vint la dernière. Nous délibérions depfiis neuf heures du matin, il était huit heures du soir, et la Cour, soit fatigue , soit égards intempestifs pour Tautre Chambre, hésitait à se prononcer, quand je contribuai à faire cesser cette hésitation par quelques paroles qui parurent décisives.
On sait le reste : l'opiniâtreté des accusés dans leur révolte; la fermeté victorieuse de la haute Cour; sa persistance à maintenir sa compétence , et successivement, la disjonction des causes, et son droit de passer outre pour les débats et le jugement, comme pour Tacte d'accusation, malgré l'absence volontaire des accusés.
Ce fut ainsi que le i3 août, après une instruclioD de plusieurs mois, après cent jours de la lutte publique la plus pénible, et quoiqu'une seule série. d'accusés, celle de Lyon, eut été jugée, toutes les difficultés politiques se trouvèrent surmontées, toutes les difficultés légales nettement tranchées. Armée désormais de toutes pièces contre toute révolte d'accusés, contre toute invention captieuse de la défense, la jurisprudence de la haute Cour se trouva solidement assise sur de vigoureux précédents; le Gouvernement en fut raffermi , la société rassurée, et tous deux pu-