‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 242 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rantesy et le reste blessées plus ou moins grièvement.

On a remarqué parmi les premières : une jeune fille de seize ans, un capitaine d'artillerie, le lieutenantcolonel de la huitième Légion et le maréchal Duc de TrévisCy le meilleur des hommes, un guerrier sans peur et sans reproches , un héros échappé à cent batailles, l'un des plus nobles restes et des plus dignes représentants de la gloire des Armées Françaises! Parmi les secondes victimes, un général et un colonel renommés par d'anciens services. Parmi les troisièmes on comptait le Roi lui-même! Son front, effleuré par une balle, en portait l'empreinte ; son cheval avait été blessé comme ceux de deux de ses fils, M. le Duc d'Aumale et M. le Prince de Joinville!

Dans ce désastre, chacun avait noblement fait son devoir. Louis-Philippe en donna le premier l'exemple. Roi avant tout , il dompta ses cruelles émotions , et, de son attitude ferme , de ses gestes , de ses paroles , il rassura le peuple qui fuyait en désordre ; piris, reprenant avec un calme intrépide sa marche et sa revue, comme s'il ne venait pas d'échapper à un horrible massacre, il exalta de son courage l'armée et la Girde Nationale, transportées de colère et d'indignation. Derrière lui, en même temps que les uns ont secouru les blessés , une foule d'autres, se précipitant sur le lieu du crime, en ont fermé toutes les issues ; ils ont saisi l'instrument du meurtre et le meurtrier lui-même, dans l'instant où, quoique blessé grièvement, il n'avait plus pour s'évader qu'un pas à faire.

Voilà ce qu'en arrivant à Paris j'appris d'abord. On ajoutait que l'instrument du crime était une table

en chêne, de grossière structure, à quatre pieds , portant, sur un plan incliné, vingt-quatre canons de fusil , braqués d'écharpe contre le cortège. Cinq étaient crevés, deux déculassés; circonstance à laquelle on attribuait les blessures de Tassassin. Ce fut là, plus tard, ce qui décida celui-ci à des aveux contre ses complices, lorsqu'il les soupçonna d'avoir voulu assurer leur impunité en le faisant périr du même coup que ses victimes.

L'histoire du procès de Fieschi, aussitôt déféré à la Cour des Pairs, est trop connue potir qu'ici les détails en soient utiles. On sait qu*un vieux Jacobin de 93 avait suggéré ce monstrueux attentat à ses dignes émules de i83o; car il ne faut pas que l'on s'y trompe : s'il n'y eut devant nous que quatre assassins en cause, dont trois furent exécutés, nul de nous ne doute qu'un plus grand nombre n'aient été avertis de l'attentat, et que, se tenant prêts à en profiter , comme tels ils rï'en aient été les complices.

Ainsi, chez ces démagogues, à leur guerre, déjà honteuse et si criminelle, de surprises , de coups de feu tirés traîtreusement des fenêtres et des soupiraux de cave , succédait une guerre cent fois plus lâche, celle des plus vils assassinats et des plus atroces guets-apens!

Enfin, pour montrer combien notre temps est dégénéré, même en fait de crime, dans ce procès remarquons entre les nouveaux anarchistes et les anciens une dégradante différence : c'est que des deux principaux scélérats en cause ^ Morey et Pépin, . le premier, Jacobin de la fin du dernier siècle-, et

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