CHAPITRE V
l'autre de i83o, celui-ci chercha son salut dans l'hypocrite lâcheté de ses longues dénégations, tandis que, du moins , l'ancien Terroriste de 98 dédaigna de se défendre.
Pendant qu'une Commission, choisie par nous, instruisaitce nouveau procès, nous achevâmes, le 1 3 août, comme on l'a vu, de juger la première série de cehii d'^m/, et, les deux Chambres ayant été extraordina:rement rassemblées, nous votâmes, sous l'influence de l'attentat de Fieschi , les célèbres lois dites de septembre. Après quoi nous reprîmes, en octobre, nos travaux judiciaires sur les diverses séries des révoltés de 1834, sans incidents dignes d'être cités. Ils furent d'autant plus promptement terminés que, le 12 juillet, vingt-huit accusés de la catégorie de Paris, Cavaignac en tête, pleins d'espoir dans le crime préparé pour le vingt-huitième jour de ce même mois, s'étaient évadés.
Quant à ces lois de septembre ^ malgré leur pénalité plus sévère, quelle qu'en ait été l'utilité pour la procédure devant les Cours et le Jury, et contre la licence effrénée des théâtres et des publications de toute espèce, elles furent insuffisantes.
Il eût dès lors fallu un lieu de déportation à vie , et le plus lointain possible, pour les criminels politiques ; et un second pour les autres condamnés à des peines afflictives et infamantes de divers degrés, comme pour ceux surpris en rupture de ban et en récidive.
Alors la société française , au lieu de se gangrener
progressivement par la présence continuelle et par le
retour dans son sein de ces deux espèces de criminels y se serait épurée de plus en plus.
Mais d*une part, à quoi servent les plus fortes lois sans hommes capables d'en assurer l'exécution? D autre part, comment aurait-on pu obtenir ces lois protectrices de Tordre social en présence d'une Op- I position constamment protectrice de la révolte , et . dénonçant incessamment le Gouvernement à l'opinion, comme l'oppresseur du peuple?
Et puis , soit imprévoyance chez nos hommes d'État, plus commune qu'on ne pense; ou bien qu'un Gouvernement d'élection, de tribune, et de presse trop libre dans un pays aussi agité , aussi loquace, et aussi changeant que le nôtre, dépasse les forces des ministres les plus fermes et les plus actifs; soit, enfin, affectation, alors générale et obligatoire , d'un libéralisme outré, et mode d'une ridicule sensiblerie pour les plus odieux criminels, aux dépens de la société entière, non-seulement on n'osa point, en ce moment, tout ce qu'on pouvait , mais on ne songea même pas à ce qu'on devait vouloir.
Je ne citerai que deux faits à l'appui de cette assertion. L'un m'est personnel , l'autre est bien connu. Quant à ce dernier, chacun sait que , après avoir obtenu en septembre la déportation avec détention, on hésita à en désigner le lieu ; d'où vint que plus tard, lorsqu'enfin on l'eut choisi, les circonstances étant devenues moins favorables , on ne put l'emporter sur rOpposition.
L'autre fait a rapport aux mesures restrictives de la licence de la Presse. Croira-t-on que, deux jours avant