‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 245 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dans le récit des attentats révolutionnaires préparés ou consommés en i835, je n'ai point parlé d'un complot dit de Neuill^y autre essai de régicide, tramé simultanément avec celui de Fieschi. La Police l'avait fait avorter, le jury en avait été saisi, et l'année i836 s'était ouverte par les jugements de ces deux crimes.

La société , satisfaite par cette répression et raffermie par les lois dites de septembre, s'était distraite de cette émulation de forfaits par les débats des Chambres. Ces débats tournèrent mal. Dans celle des Députés, un mot trop sec du premier ministre, à propos de la réduction de la dette publique, lui fit perdre, d'une voix, la majorité. Broglie se décida à donner sa dt'-

mission. Surpris de celte susceptibilité qui me paraissait trop vive, je l'en blâmais quand il m'expliqua qu'il cédait bien moins à cet incident qu'à une incompatibilité d'humeur, très-prononcée , enlre lui et Louis- Philippe. En effet, soit que le noble et ferme caraclère du Duc de Broglie manquât d'une flexibilité souvent nécessaire, et qu'il ne pût s'accorder avec les conseils peut-être trop souples de M. de Talleyrand ; soit que ce dernier et célèbre conseiller, bien moins infaillible qu'on ne pense, se fût persuadé qu'il trouverait dans M. Thiers une docilité à la fois plus commode et plus utile, c'est un fait que le Roi, préparé à ce changement, en attendait l'occasion . 11 la saisit. C'était créer pour l'avenir un troisième prétendant à la Présidence du Conseil. Nous vîmes donc monter Thiers aux Affaires Extérieures et à cette Présidence d'où, neuf mois après,, il tomba mécontent, dans une demi-opposition, qui affaiblit la majorité, compliqua toutes nos affaires, et rendit plus difficile que jamais le gouvernement.

Toutefois on commençait à se rassurer, et , la session étant close, un calme habituel succédait, quand, tout à coup, ce court repos de notre malheureux pays fut troublé encore par un nouvel attentat, celui du 25 juin; son auteur, nommé Alibaud, était natif de Nîmes.

Sa vie fainéante et vagabonde l'avait réduit à une misère insupportable pour son faux et farouche orgueil, qu'exaltait une instruction à demi ébauchée, et d'autant plus prétentieuse. Dans cette disposition d'esprit, mécontent de tout, excepté de lui-même,.

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