CHAPITRE VI. 45S
envenimé, exalté par les déclamations incessantes de la Presse révolutionnaire, il s'en était pris à la forme de notre société qu'il accusait de son dénûment, et dans cette situation désespérée , se décorant du nom de Républicain, il avait voulu se venger du résultat de son incpnduite , sur le Roi lui-même.
Cette espèce d'Érostrate, vaniteux jusque dans le dégoût de son abjecte existence , s'était donc décidé à y mettre fin par un régicide que préconiserait la démagogie. Le retentissement qu'aurait cette œuvre détestable embellissait 9 à ses yeux, la mort inévitable qu'il affronterait. Car tel était le singulier et fâcheux inconvénient des procès de cette nature jugés par la haute Cour : c'est que leur appareil solennel, à trop grand spectacle , tentait la vanité de ces misérables ; et que, les éblouissant, ce triste éclat illustrait à leurs yeux jusqu'à l'échafaud qui les attendait.
Que l'on se rappelle les circonstances du crime d'Àlibaud et celles de son procès, et l'on reconnaîtra la brutale exaltation que produisait dans ces forcenés l'appât d'une monstrueuse célébrité. Elle se manifesta : d'un côté, par la manière dont il exécuta son crime, seul , sans autre complice que la Presse anarchique, sans espoir de salut, tirant à bout portant sur le Roi, dans sa voiture, au milieu de son escorte^ dans la cour mcme.des Tuileries; et d'un autre côté, par la forfanterie sauvage de l'effroyable discours dans lequel il osa, devant nous, se vanter de son forfait !
Quant au Roi, sa fermeté ne s'était pas démentie dans cette nouvelle épreuve. Mais il n'y avait eu que quatre mois d'intervalle entre l'expiation du crime
de Fieschi et ce troisième régicide! Le ministère en fut consterné : cet acharnement féroce de la basse classe de la société l'effraya , et il exigea que Louis- Philippe ne s'exposât pas dans les fêtes populaires du mois suivant.
Pourtant, en dépit de cette précaution si humiliante pour notre pays , la France n'était pas au bout des émotions qui devaient remplir Tannée i836. A ce dernier forfait, dans cette année en forfaits si fertile, devait succéder un quatrième régicide, et, entre deux , une tentative d'un autre genre, celle de Louis- Napoléon sur Strasbourg , les 2S et 3o octobre.
La témérité de celle-ci s'explique, non-seulement par la crédulité aux renseignements hasardés et par l'impatience naturelles à tous les Prétendants, mais aussi par l'espoir que devait donner à un exilé un peuple aussi remué et tourmenté que le nôtre par l'esprit révolutionnaire. Louis-Napoléon Bonaparte, troisième fils de Louis- Bonaparte l'avant-dernier des quatre frères de l'Empereur, est né le ao avril 1808, pendant le règne de son père en Hollande , peu de temps avant l'abdication de ce Prince, qui se retira en Autriche, puis à Florence, où il a longuement achevé une vie triste et maladive, mais toujours droite et résignée.
Des deux frères aînés de I^uis- Napoléon, l'un, dans sa première enfance, est mort du croup; le second périt dans la guerre excitée en Italie par notre révolution de i83o.
Cette échauffourée fut la première campagne de Louis-Napoléon; Strasbourg la seconde, Boulogne-