CHAPITRE III
de santë, m'avaient ramené^ depuis quelques jours, à La Rivière, quand fort inopinément une lettre du Président du Conseil m'en arracha.
II m'écrivait que, d'après sa proposition. Sa Majesté m'avait choisi pour aller complimenter à Berlin le nouveau Roi sur son avènement; et, si j'acceptais, de venir m'entretenir immédiatement avec lui sur celte mission.
J'hésitai vingt-quatre heures. D'une part, une crainte me portait à accepter, celle de paraître me refuser à représenter près des Monarques légitimes , noire Roi qu'ils prétendaient entaché d'illégitimité. D'autre part, ma paresse et mon éloignement pour toutes représentation et cérémonies me retenaient; comme aussi l'humiliation de retraverser nos champs de victoires, pour rentrer, au nom de notre France mutilée, au milieu de cette Prusse agrandie de nos défaites.
Sachant d'ailleurs que , pour ces missions de confiance, Louis- Philippe préférait' ses aides-de-camp, je soupçonnais que le choix fait de moi pouvait bien lui avoir été plus ou moins dicté par ses ministres. Je ne tardai même pas à en être sûr quand une seconde lettre pressante m'eut décidé. En effet, l'aigreur d'une première réception du Roi me força de lui laisser apercevoir que ce voyage était, quant à moi, fort involontaire, et qu'il flattait moins mon amour-propre qu'il ne répugnait à mes penchants.
Il est vrai que, dès le second jour, à ce premier mouvement de défiance de Louis-Philippe, alors à Neuilly, succéda l'épanchement de la plus entière con-
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fiance. Admis près de la Reine et de lui ,dans son intérieur le plus intime 9 pendant toute la seconde moitié de ce jour-là, je ne puis assez redire combien j'éprouvai d'admiration pour ce modèle, si haut placé, et le plus respectable, le plus touchant qu'il soit possible de concevoir, de toutes les simples, douces et tendres verlus qui font le charme des familles !
Quant à notre entrelien , entrecoupé par ces mille soins naïfs de sa Famille, parmi les chagrins de politique intérieure et extérieure dont je vis le Roi préoccupé, les trois plus vifs me parurent être : son éloignement, plein d'amertume, pour le caractère du ministre qui évidemment lui avait été imposé; son mécontentement d'une Opposition aveuglément acharnée contre son Pouvoir constitutionnel, protecteur de Tordre; son dépit, enfin, de l'hostilité personnelle et persistante des Cours Étrangères contre ce qu'elles appelaient son illégitimité.
Ce dernier chagrin lui tenait plus au cœur -que les deux autres. L'Empereur Russe se signalait, disait-il, en tête de cette Coalition : « Il m'a forcé de « lui rendre rebuts pour rebuts. A l'entendre , je ne « devais point avoir pour dix ans de règne ! Voilà cece pendant, aujourd'hui, sa prophétie dépassée. Mais, <c vous le voyez, lui et les autres, comme lui, s'obsti- « nent à ne point me reconnaître pour leur Frère ; ils « m'en refusent le nom ; ils évitent d'échanger avec a moi leurs principaux Ordres. Il est vrai que, lors de ce l'émeute qui m'a forcé d'effacer mes armes , ou- « bliant de ménager l'aversion de ces Princes contre « notre Drapeau tricolore , qu'ils ont vu régner dans