‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 260 sur 302 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

que ce Prince ne pùl le pardonner à M. Thiers, ce fut celui-ci même que le i"mars, dix jours après ^ il fut forcé d'accepter pour Président de son Conseil!

Thiers y appela ses anciens amis^ et les nouveaux que la Coalition lui avait donnés.

A ce triomphe de TOpposition, les partisans de ces progrès que, hors du Pouvoir, on croit si faciles, s'emparèrent de la tribune. Pleins d'espoir, ils demandèrent le changement du privilège de la Banque, la conversion de la rente, la réforme électorale. Mais, les portefeuilles saisis, le but était atteint : le privilège de la Banque resta le même ; on laissa rejeter par les Pairs la conversion; la réforme fut enterrée^ et les utopistes n'obtinrent de ce nouveau ministère rien de plus que des précédents.

Il y avait pourtant ici quelque différence : c'était surtout dans le caractère du premier ministre , plus aventureux que ses devanciers , et plus confiant en son génie. Sa prétention consistait, pour les affaires étrangères, à s'affranchir de la prudente direction de I^uis-Philippe , et à s'y croire et plus ferme et plus habile. C'était là, en i836, et à propos de TEspagne, ce qui, dans son premier ministère de neuf mois, l'avait fait succomber. Ce fut encore , quoique moins en désaccord avec leHoi, à propos de la question d'Orient, et dans un espace de temps semblable , ce qui le renversa une seconde fois.

Quant à cette question d'Orient, j'y reviendrai : vous savez que je n'aime point à morceler les sujets de quelque importance. Je dirai seulement ici que, dans le Congrès , à Londres , des cinq grandes Puis-

niST. ET MÉM. — T. V». 31 *

sances, assez malencontreusement provoquées par le ministère précédent, un double malheur voulut que le génie de M. Thiers se trouvât aux prises avec un autre génie aventureux aussi, mais déplus machiavélique; et que, en même temps, une mort inattendue frappât Ftédéric-Guillaume 111 de Prusse, celui des quatre Monarques étrangers représentés dans ce Q)ngrès, dont Fesprit était le plus éminemment sage et pacifique.

Je n'imaginais guère que ce dernier événement pût avoir sur ma destinée la moindre influence. Mais M. Cx>usin , célèbre professeur de philosophie, venait d'êtreappelé par M. Thiers au ministère de Flnstniclion Publique. Je crois vous avoir dit que, sons la Restauration, il avait été témoin, à Berlin, de TefTet produit dans cette ville par mon Histoire de Napoléon et de la Grande Armée en 1812. Maintes fois depuis, il avait raconté que l'apparition de cet ouvrage avait alors protégé les Français voyageurs dans ce pays. Quoi qu'il en fût, c'était ainsi, du moins, que son amitié pour l'auteur louait l'ouvrage. Il ajoutait même qu'à cette époque, il lui avait dû sa liberté, qu'un soupçon sans fondement, du Gouvernement Prussien, venait de lui ravir. Or, lorsqu'en l'année i84o, où nous sommes arrivés, il fut question, à la nouvelle de la mort de Frédéric, de choisir un envoyé pour complimenter son successeur. Cousin, devenu ministre, et tout plein encore de ce souvenir de Berlin, l'ayant invoqué, fit porter sur moi le choix du nouveau Conseil.

En ce mornent des raisons d'affaires , de travail ou

Page 1