CHAPITRE IV
Pour en finir sur ce point assez irritable , où peutêtre la bonhomie chagrine et plaintive du Roi manqua de quelque dignité, je dois dire que, dans cette même soirée, je remarquai chez M. le Duc d'Orléans tout le contraire , sa fierté ayant encore plus besoin <l'êlre contenue que celle du Roi d'être excitée. Ce jeune Prince, en ni'instruisant de ses rapports intimes avec la Cour de Berlin , m'avait exprimé une vive reconnaissance pour le feu Roi et pour le Prince de Wittgenstein, son premier ministre. C'était à eux, disaitril, qu'il devait son mariage avec la Princesse la plus aimable et la plus spirituelle, la plus instruite et la plus distinguée, qu'il lui eût été possible de choisir.
Il n'exagérait point , et il ne pouvait rien dire, en cela, qui ne fût au-dessous de la vérité. Mais il ajouta que, lors de son voyage à cette Cour, s'il avait réussi près du Roi et de son ministre, il s'était aperçu qu'il en avait été tout autrement avec le^ reste de cette
Royale Famille. Le poriraît qu'il en fît à ce propos fut tracé de main de maître. Là, me dit-il en aclievant son récit, tout, quant au but de ce voyage, lui avait été hostile ; hostilité qu'il avait retrouvée plus vive encore à la Cour d'Autriche. En effet, le Prince, comblé d'honneurs à cette Cour, n'avait été pourtant bien accueilli, dans l'espoir qui l'y attirait, que par la jeune Archiduchesse Thérèse, depuis Reine de Naples, et par son père, le célèbre Archiduc Charles. Sa demande^ d'abord faite secrètement à cet Archiduc seul, avait été acceptée chaleureusement. Mais déjà la volonté, jadis si ferme, si audacieuse dans ce grand capitaine^ n'apparaissait plus que par lueurs incertaines et passagères. Elle était dominée , non' par l'Empereur qui dominait peu sa Cour, mais par Metternich , par le reste de la Famille Impériale, et par leur politique^ tournée tout entière vers la Légitimité.
L'Archiduc avait donc fait pressentir au Prince qu'il serait repoussé par sa famille. Néanmoins M. le Duc d'Orléans, forcé par ses instructions à se compromettre, allait emporter l'affront d'un refus , lorsqu'il fut tiré d'un si mauvais pas au moyen d'une apparence de consentement conditionnel, arraché, en écrit, àMelternich, par l'habileté de Saint-Aulaire, notre ambassadeur : consentement dont le Prince, en quittant Vienoe dès le lendemain, n'avait usé que pour faire une retraite honorable.
ce Vous comprenez, continua M. le Ducd'Orléans, que, « mis ainsi comme au ban de toutes les Couronnes Eu- « ropéennes, un tel ostracisme, s'il eût été sans excep- « tîon, ne nous eût laissé d'autre parti à prendre que