‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 265 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

avant d'arriver à celle Cour, quel serrement de cœur j'éprouvai en revoyant étrangères ces provinces Rhénanes que j'avais laissées Françaises encore en i8i4! Combien de fois je les avais triomphalement parcourues avec le Premier Consul ou l'Empereur, alors qu'elles nous servaient de point de départ pour tant de victoires lointaines ! Le Rhin lui-même, noble conquête, acquise au prix de tant d'efforts héroïques de notre jeune âge, avec quelle douleur je revis ses flots, jadis ployant sous notre grande armée victorieuse , et maintenant s'écoulant captifs sous d'autres maîtres! Armée et frontière redoutables, combien pourtant m'aviez-vous paru faites l'une pour l'autre ! Dirai-je que, oppressé de ces souvenirs, à l'aspect de ce Fleuve resté toujours si majestueux, quand notre Grande Armée et notre grand Empereur, anéantis , étaient déjà disparus dans le passé, il me sembla que, devant cette grandeur matérielle, toujours vivante, j'étais là, de notre grandeur morte comme une ombre désolée, comme une faible apparition ! Vaniteuse illusion de ma douleur, dont il me fallut descendre encore, lorsqu'emporté par ces flots qu'en ce moment un orage soulevait, je fus forcé de joindre mes efforts à ceux du passeur indifférent pour faire atteindre notre barque à l'autre rive. Des sensations semblables, mais pourtant mêlées de moins de regrets et de plus d'orgueil , m'attendaient à mon passage sur les champs d'Iéna et d'Auerstadt, comme aussi dans les Palais de Berlin et de Postdam : on se rappellera peut-être que deux fois déjà, dans d'autres missions avec Macdonald et Duroc, j'avais visité ces Palais sous le Consulat; et

que j'en avais eu le commandement dans le temps de nos conquêtes.

Quant à mon séjour à Berlin^ la dépêche et les noies vous en donneronttouslesdétails. Vous y remarquerez les épanchements trop prophétiques du vieux et habile Prince de Wittgenstein ; l'importance qu'il attachait pour l'Europe à la durée du règne de Louis-Philippe, et les prévisions inquiètes de ce ministre pour l'avenir de la Prusse , depuis l'avènement du nouveau Monarque.

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