‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 267 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« convaincu que le repos et la paix de l'Europe en

« dépendaient »)

<c Le Roi m'a reçu à Berlin , aujourd'hui lo juillet, à dix heures et demie du matin ; et en même temps il m'a fait l'honneur exceptionnel de me prier à dtner pour lé même jour. Dans cette audience il m'a comblé de tant de bontés et d'éloges , qu'il m'est impossible d'en répéter les expressions. Elles m'ont empêché pendant quelques minutes de lui adresser les trois à quatre phrases que j'avais préparées, et qu'il serait inutile de reproduire si elles n'avaient pas été interrom- ' pues par quelques mots de Sa Majesté.

ce Sire, ai-je dit, souffrez que, en ayantl'honneur d'ap- « porteràVotreMajestéceltelettre du Roi mon auguste « Souverain, j'ose vous dire combien je suis fier d'une « mission dont le but est de renouveler et de resser- « rer, de plus en plus, une alliance si utile et si pré- « cieuse aux deux Royaumes. » Ici le Roi a fait un signe d*assentiment, en disant : « Oui, en effet! — Votre « Majesté me permettra-t-elle de lui dire aussi com- « bien je me isens honoré de me trouver au pied de « ce Trône, élevé si haut par l'un des plus grands « hommes des temps modernes , et que vient d'illus- « trer encore le meilleur, le plus sage et le plus re- « gretté de tous les Rois. » Ici encore le Roi m'a interrompu par ces mots accompagnés d'un geste douloureux : « Ah! cela est bien vrai! Aucun ne sera « jamais si regretté et ne mérile autant de l'être ! » Alors ayant ajouté : « L'Europe entière, Sire, serait a inconsolable d'une perte si grande, si elle ne voyait « déjà revivre en vous toutes ces vertus qu'elle res-

(c peclaity qu'elle chérissait, et qui ont tant contribué « au bonheur dont elle jouit encore , » Sa Majesté s'est alors écrié : « Oh non, je n'ai point ses verce tus! Je serais trop heureux! Mais, du moins, tous <c mes efforts tendront à l'imiter, à marcher sur ses « traces, sans rien changer à son système. Le Roi peut « compter sur moi comme sur mon père ! » Comme ensuite la conversation tournait en généralités (i), j'ai repris : « Sire, le Roi m'a expressément chargé de dire a à Votre Majesté ce que je venais de voir à Neuilly. J'y « ai vu , Sire, un deuil profond , un véritable deuil de face mille ; j 'y ai laissé la Famille Royale intimement unie à ce votre Royale Famille par ses regrets, par ses vœux les ce plus ardents pour la prospérité de votre règne, par ce la vive et filiale reconnaissance de M. le Duc d'Or-

(i) Voici l*UDe d'elles. Le Roi m'ayant demandé si je connaissais Berlin , je lui répondis que j'avais eu l'honneur d'y faire ma cour au feu Koi sou père, et d'y accomplir, près des souvenirs du Grand Frédéric , un pèlerinage dont la mémoire , quelque vive qu'elle me fût restée, ne m'empêcherait pas de le renouveler une troisième fois, s'il m'en accordait la permission. Puis, comme, évidemment curieux de savoir si j'avais fait partie de l'invasion de 1806, il me questionnait sur cet événement, je répliquai, avec une réserve qu'il apprécia, qu'attaché militairement à la personne de Napoléon Consul et Empereur, j'avais fait près de lui toutes nos campagnes jusqu'à celle de 181 4 inclusivement. La conversation tournant alors sur le plaisir que le Koi aurait à me confier au célèbre M. de Humboldt , mon confrère à l'Institut, pour me faire parcourir les Palais de Charlottembourg, de Postdam, de Sans-Souci et celui de Berlin, où j'étais en ce moment, je me gardai bien de refuser, et encore bien plus de lui dire que je les connaissais d'autant mieux que, en 1806, en ayant pris possession, je les avais tous commandés successivement.

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