‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 268 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« léans pour le bonlieur qu'il doit à voire auguste père , « et pour rînestiraable présent que lu Prusse a fait à « la France. » Le Roi déjà ému, m'a répondu : « Qu'en « effet le feu Roi s'était vivement intéressé à ce ma- « riage; qu'il était heureux du bonheur du Prince « Royal ; qu'il demandait au Roi de lui conserver les « mêmes sentiments d'affection qu'il avait eus pour « son père ; que c'était tout ce qu'il désirait le plus ; « que de son côté il ferait tout ce qu'il faudrait pour <c cela; qu'enfin le Roi pouvait compter sur tout son « attachement, et qu'il désirait que son règne fût dé- « sormais exempt d'épreuves. » Ma réplique ayant provoqué ses questions, il a repris : « Ah ! la France ! « Dieu veuille qu'elle soit sage I Et cette translation « des cendres de Napoléon, est-ce que vous n'êtes pas « inquiet de l'effet qu'elle va produire? Pour moi, je « vous avoue que j'en suis effrayé. » J'ai répondu qu'en France cet événement n'inspirait aucune inquiétude. J'ai fait remarquer au Roi , comme la veille à M. de Werther, la juste mesure que, dans les Cliam-% bres,on avait conservée à cette occasion ; que cette cérémonie serait surtout militaire , et conséquemment toute à l'ordre et à la régularité ; qu'elle traverserait le côté le plus froid et le plus calme de la France ; qu'elle aurait lieu en présence des Chambres, et dans la saison la plus défavorable à toute effervescence populaire. « Oui ! Je n'y avais pas songé, a dit le Roi , « allons, tant mieux; mais Paris? » J'ai pu comprendre la portée de ce mot, parce que, l'avant-veille, M. de Werther, plus explicite, m'avait parlé de l'excessive influence de Paris sur toute la France ; dan-

vji LIVRE QUATRIÈME.

ger toujours imminent , avait-il dit, puissance dont un mouvement imprévu pouvait toujours remellre inopinément tout en question î J*ai donc répondu au Roi, que, au contraire, c'était à cette centralisalion que tenait en grande partie la sécurité du Gouvernement : d'abord, parce que toutes les forces les plus vives et les plus actives étaient réunies sur ce point capital ; et puis , parce que c'était là le centre de réunion de la classe la plus riche ou aisée, la plus intéressée à l'ordre, la plus éclairée sur ses vrais intérêts. Aussi l'avait-on vue, depuis dix ans, accourir et prodiguer son sang à la moindre apparence de désordre ; que ce bon esprit l'animait plus que jamais; qu'on en pouvait juger par deux faîls récents : l'un, la dernière revue de la Garde Nationale , qui jamais n'avait été si nombreuse , et où avait éclaté, pour le Roi^ le plus vif enthousiasme; l'autre , les dernières élections dans cette même Garde, fait sans réplique, et qui en avait prouvé Texcellent esprit, puisque sur 238 compagnies il ne s'en était pas montré trois qui fussent douteuses; qu'ainsi, bien loin d'être un danger, Paris était, sous la main du Gouvernement, un point d'appui solide qui lui répondait de toute la France; que, d'ailleurs , il était plus que vraisemblable qu'on en avait fini avec l'émeute, la plupart des meneurs étant ou en prison , ou dégoûtés , et cette guerre se trouvant réduite à celle de tous les lieux et de tous les temps , la guerre de ceux qui n'ont rien contre ceux qui ont quelque chose ; que celle-là n'était pas plus dangereuse en France qu'ailleurs , surtout a

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