‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 299 sur 302 · CHAPITRE IX. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. S

dire le groupe que formaient les trois Princes , sur lesquels Quénissèt , en s'étourdissant de ses propres imprécations , avait tire ! Mais la balle de son pistolet s'était perdue sur deux chevaux de l'escorte, qui seuls en avaient été blessés; et, comme le peuple indigné , loin d'applaudir, se précipitant sur l'assassin , s'en était saisi , quand celui-ci avait appelé ses amis à son secours, tous, disparaissant, l'avaient lâchement abandonné.

Pendant l'instruction le malheureux Quénissèt, bientôt rentré en lui-même et repentant, avait dénoncé ses suborneurs. En conséquence le ^3 décembre, sur les dix-sept inculpés , trois furent condamnés à mort , trois à la' déportation , six à la réclusion , et cinq acquittés faute de preuves suffisantes. Le Roi, en raison du repentir et des aveux de Quénissèt, commua sa peine , ce qui entraîna la même grâce pour les deux autres.

Ce complot, plus absurde encore qu'il n'est dégoûtant, m'aurait déjà trop arrêté sans un incident digne de remarque. A notre barre , parmi les coupables , la plupart en blouse, ou vêtus comme de simples ouvriers, il y en avait un, tout au contraire, que ses gants jaunes et sa mise recherchée jusqu'à l'élégance faisaient distinguer de ses complices. C'était Dupoty, un journaliste , le rédacteur d'un journal infâme appelé Le Peuple; l'un de ces écrivains incendiaires, dont chaque matin les calomnies contre le Gouvernement et les provocations séditieuses, s'adressa nt à tous les instincts jaloux des classes souffrantes , y mettaient le feu.

Ce sera rétonnement de Tavenir, que, de nos jours,, on ait pu croire à l'existence possible d'un ordre moral et social quelconque en présence d'une Presse quotidienne libre de tout dire ainsi. C'est absolument comme si l'on prétendait conserver la santé publique d'un pays , où l'on reconnaîtrait à chacun le droit de composer les venins les plus actifs , et d'en empoisonner, quotidiennement, les sources où s'abreuvent les populations!

Déjà, dans le jugement des attentats précédents, plusieurs de nous , les imputant surtout à la Presse factieuse , avaient demandé, mais vainement, qu'on la mit en cause. Cette fois eiicore, les plaintes des malheureux égarés par les provocations directes du journal Le Peuple n'avaient point ému. Il fallut qu'une invocation à son secours, écrite de sa prison, par l'un des prévenus les plus compromis , au rédacteur de cette feuille , eût mis la complicité de ce suborneur tellement en évidence, qu'il fut impossible de reculer.

Mais que la Cour des Pairs ne se soit enfin décidée qu'après bien des hésitations à oser le condamner à cinq ans de détention, ce n'est pas ce qu'il y a de plus singulier dans cet incident. Il y eut là quelque chose de plus caractéristique encore de ce temps bizarre : ce fut la contenance et les paroles, devant la haute Cour, de ce démagogue.

Représentez-vous, aux temps féodaux de notre histoire, un d'Armagnac, un Duc de Bourgogne même, cité au ban du Roi ; vous vous ferez une image assez fidèle de la physionomie dédaigneuse et de l'attitude hautaine, à notre barre, de ce journaliste, en guerre

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