CHAPITRE JX. 5i
gens sans aveu et sans ressources. Il est vrai que^ le pi^emier mouvement donné, tous comptaient sur le concours d'une immense et aveugle populace.
Ils avaient dans la Presse , et ailleurs, des chefs occultes. Quant à leurs chefs immédiats, ouvriers comme eux, sans compter Tespoir d'une meilleure part dans le succès, leur mobile était cette vaniteuse envie si commune en France : le plaisir d'abaisser ce qui est élevé ; la gloriole de commander à des Sections; de pérorer dans des cabarets, de s'y poser en conspirateurs politiques, en ennemis des Rois, en réformateurs d'Empires; d'imiter enfin les déclamations de leurs journaux, qu'ils admiraient, (|ui leur dépeignaient le peuple tellement tyrannisé , Tordre social si révoltant , si vicieux et vermoulu , qu'un signal suffirait pour tout soulever, tout bouleverser, tout mettre en poudre.
On vient de voir ce qu'ils voulaient y substituer. C'était , en commençant par l'assassinat , un système de rançonnements ou d'extorsions, organisé contre tous ceux qui possédaient quelque chose , au profit de ceux qui ne possédaient rien : c'est-à-dire le mot d'ordre des voleurs de grands chemins, la bourse ou la vie! déguisé sous d'autres mots. C'était la révolte de la partie ignorante, brutale ou perverse de la société , poussée au meurtre et au pillage par des chefs qui lui promettaient de la faire vivre ensuite, oisivement, aux dépens de l'autre partie, comme une armée victorieuse sur un pays ennemi qu'elle vient de conquérir. C'était, enfin , ce que nous avons vu commen-
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cer à se réaliser de mars en juin 1 848 , après la révolution de Février.
Quant aux armes, hors quelques cartouches et quelques pistolets, ils n'en avaient point. Le projet pour s'en pourvoir était bien digne de cette misérable espèce de conjurés : au signal d*un coup de feu sur les Princes qui devaient entrer dans Paris, par le fauboui^ Saint- Antoine, à la tète du 17^^ régiment revenant d'Afrique, on s'emparerait des fusils de cette troupe, soit de force, soit en fraternisant avec les soldats, à la faveur et de leur étonnement , et du désordre, et d'un soulèvement qu'ils supposaient devoir être universel.
Cette fois le moins dégoûtant, peut-être, de ces conspirateurs, fut l'assassin. Il s'appelait Quénisset. C'était un scieur de long , jadis soldat condamné aux fers pour insubordination. Jamais homme du peuple, jeune , ignorant , de passions vives mais sans perversité, n'avait été choisi de longue main , séduit et peu à peu entraîné au crime avec une astuce plus évidente.
I^ coup ainsi préparé , l'entrée des Princes avait en effet eu lieu le i3 septembre. Déjà MM. les Ducs d'Orléans , d'Aumale et de Nemours , entourés d'un nombreux état-major, et à la tête du 17*"*, qu'ils venaient d'aller recevoir à la barrière , avaient atteint, dans le faubourg Saint- Antoine , la hauteur de la rue Traversière, quand le malheureux Quénisset, exalté par une triple ivresse, de vin, de haine, et surtout de peur^ de la peur des menaces de ses complices , s'était dévoué ! Ses complices l'avaient amené à cette place ; ils lui avaient montré le but , c'est-à-