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De tels résultats avaient excité la curiosité générale , ils avaient inspiré le désir de remonter aux sources mêmes d'où tant de lumières furent puisées. Vous avez secondé cet heureux mouvement que vous aviez imprimé , en rassemblant dans un vaste travail les archives anglaises et françaises. Vos notices, toujours instructives et souvent profondes , les ont mises à la portée de tous les esprits. Cet exemple a eu d'heureux imitateurs : et désormais nos bibliothèques resteront enrichies de mille trésors, dont jusque-là, pour le plus grand nombre, le mérite et la valeur étaient ignorés encore.
Mais pendant que votre carrière littéraire s'étendait ainsi, notre histoire contemporaine marchait, et le mouvement des esprits se produisait sous toutes les formes.
L'Université, forte de ses anciens et glorieux souvenirs, animée de cette seconde vie, de cette mâle organisation que lui rendit le plus grand des capitaines, lui avait survécu. Mais bientôt faussée, mutilée même, par d'imprudents successeurs , si elle résista , ce fut, dites-vous , <c grâce à la (( vigueur de son institution, à la noblesse de son objet, et <c à cette élite modeste d'hommes voués à l'enseigne- (c ment! »
Cela est vrai. Monsieur ; mais ce que je dois ajouter, c'est que le mérite de cette résistance vous appartient, ainsi qu'à vos nobles émules, que je ne nomme point, parce qu'ils m'entendent.
Qui de nous ne se rappelle cette époque si glorieuse aux Lettres françaises , quand tous à la fois , par un merveilleux accord , et du haut de ces chaires célèbres , vous fîtes parler à la Philosophie , à l'Histoire , à la Littérature , un langage si profond et si enchanteur? Dès lors quel pouvoir eût entrepris d'étouffer le foyer d'où jaillissaient tant de lumières? Et d'ailleurs , le charme entraînant de ces leçons éloquentes
De vous avait-il pas fait uq rempart de toute la France nouvelle? Quel mauvais vouloir eût osé pénétrer au travers de ces accents d'admiration et de tant d'élans d'enthousiasme?
Ce (ut ainsi que, par les propres forces qu'elle-même avait en&ntées, TUniversité sut non-seulement se défendre, mais contribuer à préparer à la civilisation française sa grande et dernière victoire.
Aussi, Monsieur, dès qu'en vous, comme en vos nobles émules , le mérite eut reconquis la puissance, vit-on reparaitre sur le faite de cette institution , son Ecole Normale. Honneur à ceux de nos confrères qui rendirent ainsi à ce corps illustre sa véritable couronne !
Bientôt vous-même fîtes plus : on vous avait vu, le 3 novembre i83o, abdiquer noblement un pouvoir que vous ne jugiez plus utile; mais le ii octobre 1 832 vous avait remis à votre place. Ce fut alors que, ministre de l'instruction publique, vous osâtes tenter, en proportionnant la lumière à tous les yeux, d*en multiplier les foyers dans la France entière. La France confiante a généreusement répondu à ce noble appel. Depuis i833, cinq cents comités d'instruction et d'éducation volontairement réunis; un grand nombre d^écoles normales primaires obtenues des Conseils de Départements ; cinq mille écoles communales, ou instituées, ou même construites à grands frais par nos municipalités, telles sont les fondations auxquelles votre nom restera attaché. En trois ans, six cent mille élèves ont été arrachés à l'ignorance ! N^est-ce pas là un honorable souvenir et la plus utile des conquêtes?
Ainsi, de cette même voix dont vous aviez fait parler le génie de notre histoire passée , dont vous défendiez l'honneur et la sécurité de notre histoire présente, vous avez, en quelque sorte, dans nos générations naissantes, préparé notre liistoire avenir.
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LVntreprlse , Monsieur, était grande ; il vous appartenait dy ajouter encore en complétant Tinstruction secondaire , et, à ce propos, de nous montrer Napoléon dans sa légis- ^ lation , dans toute son organisation civile et militaire, s'efforçant de rsillier, de constituer, d'élever sans cesse la classe moyenne , que vous appelez Vêlement vital de notre société.
Cette classe intermédiaire , victorieuse en 1789, après des siècles d'efforts, d'une classe supérieure, avait été presqu*aussitôt vaincue à. son tour par une autre <;la$se ; vous nous avez fait voir la main du grand homme la relevant et avec elle la nouvelle France ; vous nous Tavez montrée se hâtant de ramener aux fortes, aux lentes et profondes études cette classe moyenne , afin de Télever au niveau de ses destinées , et de consolider sa double victoire par cette même instruction qui jadis Tavait préparée. i Mais je m'aperçois qu'en rappelant vos titres à nos distinctions.littéraires , j'en ai cité plusieurs de ceux qui vous donnent des droits à une autre gloire. Qu'on ne s'étonne donc pas, sous quelque forme de gouvernement que lejs peuples soient libres , si leurs vœux portent à la dârçction de leurs destinées ces philosophes citoyens, ces hommes de Lettres laborieux, qu'ils ont vus sans cesse occupés de la recherche de la vérité. Parvenus à ces postes éminents, s'ils ise montrèrent constamment fidèles à son culte, si tous leurs efforts ont eu pour but d'en répandre les clartés salutaires, félicitons-les d'avoir pratiqué leurs maximes.
Disons plus. Messieurs : et si leur éloquence haute, franche, loyale, a dédaigné comme faible et petit tout ce qui n'est que fin et subtil ; si tels que de hardis athlètes, et daçs le^ jours de danger, on les a vus aborder en face les mauvaise^ passions, les attaquer corps à corps, leur arracher leur masque; Iorsqù*enfin de nobles vicissitudes les ramènent
au milieu de nous, remercions-lefi d*avoir honoré par un si digne emploi de leur talent les Lettres françaises , et d'en avoir utilisé et illustré plus que jamais la noble culture.
C'est ainsi que, professeur, publiciste, historien et homme d'Etat tour à tour, vous avez donné à notre histoire toutes les formes de son plus utile et de son plus ferme langage. J'ignore quels sont les pas d'une carrière aussi pleine auxquels votre esprit attache le plus d'importance; mais quels qu'aient été vos succès, soit dans ces enseignements profonds, soit dans ces compositions historiques d'un talent si remarquable , historien moi-même , qu'il me soit permis de vous dire que l'Histoire , dans laquelle vous-même aurez un jour votre place , vous sera plus honorable encore. •
Vous êtes un de ceux qui ont dit à la mer orageuse de no3 passions : «Tu n'iras pas plus loin ! » et votre voix, forte de^ inspirations de la véritable éloquence, a victorieusement retenti dans la France entière.
Je ne sais si, dans cette enceinte exclusivement consacrée aux Arts , aux Sciences et aux Lettres , j'ai le droit de citer ces grandes actions politiques. Car enfin, il se peut qu'il ne doive être question ici que de ces titres académiques qui décident seuls de nos suffrages. Mais n'en est-il donc que d'une espèce? Lorsque vos livres sur les temps passés, quand vos discours sur les temps présents me laissent le choix, ne puiserai-jè mes exemples que dans l'histoire morte , quand l'histoire vivante nous en offre de si mémorables , quand ils parlent encore à tous les cœurs , quand votre présence ici nous les rappelle?
Hé quoi! parce que tant de mouvements oratoires furent mêlés à la politique , dois-je séparer ce qu'ils ont de mérite littéraire de ce génie du bon droit et du bon sens , de ce courage civil , de ces élans si généreux qui. contribuèrent à sauver la chose publique? L'Académie Française sort-elle
donc ainsi de son domaine? Quelque vaste quHl soit devenu, qui osierait le lui contester? Et parce qu*aujourd*hui nos destinées en dépendent ; parce que chaque jour Tempire de la Littérature y écrite ou parlée, s'agrandit; enfin ce vaste domaine, parce que des hommes tels que vous Tétendeot encore, TAcadémie ne peut-elle oser d'un coup d'oeil le parcourir, pour y recueillir et proclamer tous leurs titres à ses suffrages?
Et par exemple , ne peut-elle dire aujourd'hui à celui qu'elle reçoit dans son sein : Que portant partout les mœurs prescrites à l'orateur, une ferme, une haute morale dans la politique comme dans l'enseignement , il a été partout utile et partout regretté ; qu'au précepte joignant le modèle , la chaire universitaire lui a préparé la tribune; et qu'enfin, dans l'une coumie dans l'autre , notre histoire lui doit à la fois^ et les plus instructives de ses leçons, et dans ces temps difficiles, les plus salutaires, les plus éloquents de ses exemples.
Oui, sans doute , ces utiles , ces bonnes actions , car c'est ainsi qu'on peut appeler et vos écrits et vos paroles , l'Académie Française, en les couronnant, avait droit de les proclamer. Qu'on me permette donc en finissant, d'ajouter encore que , depuis l'Ecole du hanieau jusqu'à l'Ecole Normale , et de la Chaire à la Tribune, partout la voix publique vous désignait à nos suffrages; et qu'enfin, en vous honorant de son choix, l'Académie n'ignore pas, Monsieur, qu'elle n'a jamais été plus Française !
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