CHAPITRE VI. g
« matérielle, et qu'enfin le sort de TEiirope, çnferniée « dans la France, y pourrait encore dépendre d'un « jour, d'un instant de bonheur, ou d'un habile coup « de guerre !
« Quant à la rupture du Congrès, ils annonçaient « Tadtniration de l'hisloire pour la magnanimité de « l'Empereur à s'ensevelir sous les derniers débris de <( TEmpire, plutôt que de consentir à la mutilation « de la France ! Ils s'éciriaient qu'il ne s'agissait plus « de conquêtes , mais de subir l'infamie des anciennes « limites! Voulait-on obtenir, au prix d'une paix bon- « leusë, un repos infâme? Qiii d'eux en pourrait « jouir à ce prix? Ah! sans doute, il valait mieux s'en « remettre au sort des armes : alors, du moins, on « n'aurait pas souscrit à l'humiliation du pays en si.- « gnant la sienne, et la Fortune seule serait respon- « sable! »
Celte conclusion , qui soutenait à Saint-Dizier le courage de ceux-ci, y contint, encore cette fois, le dépit des autres; mais, quelques jours plus tard, Paris élant perdu, on la retourna contre l'Empereur : elle acheva la perte de l'Empire !
Le 24 mars, le Quartier Impérial fut à Doulevent, la droite à Saint-Dizier, la cavalerie poussée à gauche, vers Bar, et Oudinot déjà en Lorraine. Nos garnisons s'apprêtaient ; déjà même , depuis la haute.Marne jusqu'au Rhin, l'insurreclion levait ses milliers de têtes, el la^terreur se répandait sur toutes les routes !
Quant à Napoléon, quoiqu'il prévît son sort, et que, Tavant-veille, de tristes précautions lui eussent fait distribuer une partie de l'or de sa cassette à deux de ses
serviteurs pauvres, les plus anciens et les plus fidèles, toujours inébranlable, il se roidissait contre son destin. Son danger redoublant , il redoublait d'audace et faisaithonte à la Fortune. Il sentait bien, pourtant, que les plus braves s'étonnaient -, que les forces humaines étaient dépassées, que tout enfin s épuisait; mais sa grandeur s'isolait de ces murmures ; il en était encore hors de portée ! Il y avait tant d'habitude de commandement d'un côté, et d'obéissance de l'autre! Et puis, on respectait son malheur, on se respectait soi-même ■en lui, et, à qUelqueamertume que, hors de sa présence, on se laissât emporter, devant lui tous se contenaient. Et réellement, le aS mars , rien n'était décidé encore. Peut-être même Napoléon allait-il entraîner sur se$ traces les Alliés, quand un coup imprévu du sort, achevant ce qpe la trahison avait commencé, leur fit tourner bride vers Paris, et tout fut perdu sans ressource !