‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 34 sur 302 · CHAPITRE VI. ei · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ei

« les preiliiers coups de collier, après viiYgt-qualre a heures de nos rations insuffisantes, ou de quelques « froides nuits de nos bivouacs? Et pourtant, au re- « bours des règles, nulle proportion entre les ariïies : « presque autant de voitures et de canons que de a soldats, qui protégeaient bien moins les pièces qu'ils « n'étaient défendus par elles ! »

A ces plaintes, d'autres, placés plus haut et récriminant, ajoutaient : « Qu'on ne comprenait pas pour- « quoi, malgré la perte de tant de garnisons françaises, « laissées Tan dernier, au delà d(i Rhin jusqu'à la Vis- « Iule, nos soldats défendaient encore Milan et Bar- « celone, quand Paris même était menacé! 1812 « n'avait donc été d'aucun enseignement à i8i3, ni « i8i3 à i8i4- C'était ainsi que, après avoir voulu « la première année tout prendre, et la seconde tout « garder, ce qui avait si mal réussi, on s'obstinait à « vouloir encore dans la troisième tout ressaisir. « Voilà pour quelle chimère on venait, en dépit d'eux a et de Caulaincourt , de rompre toutes négociations , « et pourquoi encore on allait, abandonnant Paris à « lui-même, se jeter, éperdument, derrière la 0)ali- « tion, pour tout regagner par ce coup désespéré, au « risque de tout perdre enfin par ce coup-là même !.. »

L'avenir jugera ces reproches. J'ai du les consigner ici, parce que ce mécontentement de guerriers, désespérant du salut de leur pays et de tant d'efforts dont une fierté trop inflexible peut-être ne leur marquait pas le terme, expliquera la catastrophe qui va suivre.

Quant à l'à-propos de ces plaintes , d'autres répondaient : a Qu'en effet, TEmpereur, en sortant d'Arcis,

« eût pu tourner vers Paris, et rallier, sous ses murs, « tout ce qui nous restait de forces; mais qu'il y aurait fc attiré sur ses pas la Coalition entière; que c'eût été « se placer dans une position, politique et militaire, cf sans autre issue qu'une paix forcée, ou un dernier « combat trop disproportionné; tandis que, restée ce maîtresse de sa retraite, la Coalition , même après « un revers invraisemblable, aurait retrouvé, derrière « elle , ses renforts , ses ressources , cent lieues fran- « çaises, et autant de champs de bataille : que, au « contraire. Napoléon se jetant dans l'est de la K France , cette combinaison hardie nous rendait maî- « très des lignes d'opérations des Coalisés, de leurs a renforts, de leurs grandes réserves de munitions; c( que cette manœuvre, en les séparant de leur base, « loin de leur livrer Paris, les en détournerait; qu'elle (c allait, sans doute , attirer l'Invasion , la forcer de i< rétrograder au milieu des monts , des forteresses et « de l'insurrection de nos populations les plus belli- (c queuses; que là , notre armée ne serait pas dans un (c état si désespéré, puisque, avec le secours des garnice sons, et lorsque Pacthold, Marmont, Mortier et le a reste auraient rejoint , l'Empereur compterait encore « autour de lui près de cent mille hommes. Et ik <c montraient que, dans cette nouvelle position , notre « armée aurait plus d'appuis , plus d'espace , un terce rain plus favorable pour l'habileté, l'audace et la ce rapidité des mouvements; qu'ainsi les chances de- « viendraient moins inégales ; que, du moins, l'ennemi, ce comme nous, se trouverait sans retraite; que la (f guerre morale viendrait au secours de la guerre

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