‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 37 sur 302 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

retraite, hésitaient. Placés entre Napoléon et sa capitale , où devaient-ils aller terminer la lutte ?

Depuis quelques jours un' traître , envoyé de Paris par deux autres traîtres, était à leur Quartier Général. (ç Paris, leur avait-il dit, détestait plus qu*euY son « lyratiî On n'y attendait que leur présence pour y « éclater, pour y proclanier sa déchéance, et y appeler « les Bourbons! » Mais jusque-là le patriotisme de nos provinces de l'Est contredisait cette assertion. Les €hefs Alliés ne savaient à quoi se résoudre, lorsque , dans la nuit du ^3 au 24 > deux lettres interceptées, l'une de Marie-Louise, Vautre du ministre de la police ^avary à Napoléon, ne leui* confirmèrent que trop les avis de la trahison. •

Cela est certain. Ce qui Test moins, c'est le fait suivant. Un témoin me l'a pourtant attesté , mais Pozzodi-Borgo n'a pu m'entlonner la certitude. Ce témoin disait que, ce jour-là même, un second émissaire de Paris avait apporté, dans un bâton creux, à l'Empereur Russe ce peu de mots : « Vous pouvez tout, et yous « n'osez rien! Osez donc enfin! » La nécessité du secret avait imposé ce laconisme; l'émissaire devait y suppléer. Il ajouta que, à Paris comme à Bordeaux, tout était prêt; que les Alliés n'avaient qu'à paraître; mais que l'occasion pressait, sans quoi le foyer bientôt dispersé perdrait sa force.

(moi qu'il puisse être de cet incident, ce furent surtout les deux dépêches interceptées qui nous perdirent. Toutes les passions des Coalisés s'y enflammèrent, entre autres, deux haines privées : celles de Pozzo et de Wintzingerode. L'une datait de T793 et

•de la Corse; l'autre, surtout de 1812. Pozzo, avec son langage mordant, spirituel, et plein d'images saisissantes, excita l'orgueil ambitieux d'Alexandre : « Pource quoi suivre servilement Bonaparte au milieu de ses (( forteresses, s'éloigner du point décisif, accepter sa « guerre, quand, par quelques marches dérobées, il « peut, hors de portée de la redoutable épée de Na- (( poiéon, la lui faire tomber des mains, terminer tout^ « et venger enfin, dans la capitale ennemie, les hu- « niiliâtions de toutes celleç de l'Europe entière? »

11 en dit bien plus. Wintzingerode l'appuya chaleureusement, «c Paris à découvert appelait la Coalition 1 « On n'avait qu'à y courir! Lui s'offrait à couvrir sa « marche ! Dix mille chevaux lui suffiraient pour a tromper Napoléon! Leur présence le persuaderait a qu'il entraînait derrière lui, dans l'Est, toute l'Inva- « sion, tandis que, sans coup férir, elle irait lui déro- <f ber son trône et sa capitale ! »

Ils l'emportèrent . Alexandre, décidé, entraîna le reste. Chez les Allemands, chez les Prussiens surtout, un cri de joie vengeresse répondit; on se débarrassa, en l'envoyant à Nancy, du Père de Marie-Louise. Ils se sentaient réunis, ils étaient deux cent mille hommes; ils allaient s'éloigner furtivement de Napoléon : ils osèrent donc aussitôt tout préparer pour courir renverser le Trône Impérial, ébranlé et vide de son grand capitaine!

Pendant qu'ils se déterminaient ainsi , non loin de là, le fatal génie de l'indécision était passé , avec les anxiétés de la défensive, d'un camp dans l'autre. Ou a vu que Blûcher était enfin sorti de Laon et de son inaction. Le 18 mars, le lendemain du départ de

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