CHAPITRE IX
à la fois sur ses deux flancs; à droite, ce fut de plein pied ; à gauche, en se couvrant du Morin et en canonnant impunément ce flanc de notre malheureuse colonne. D'autre part, et dans La Ferté, le corps Prussien, que Mortier en voulait chasser, s'aidant des lieux , l'écrasa de sa nombreuse artillerie retranchée dans une position inexpugnable. Deux fois Mortier se brisa contre elle. Ainsi, poussés en queue, repoussés en tête, et Tarmée Coalisée accourant sans doute, le danger s accroissait de plus en plus : le temps, les combattants, l'espoir, tout se perdait! Dans cette extrémité, les deux maréchaux se concertèrent et prirent un parti extrême. Mortier masqua la tête de la colonne de quelque cavalerie contre les Prussiens restés maîtres de La Ferté, et Marmont, son arrière-garde contre les Russes et les Bavarois, en leur opposant la brigade Joubert, qui se dévoua pour le salut général. Puis tous deux, abandonnant la Marne pour la Seine, s'en furent à travers champs, Mortier vers Chartrouges, et Marmont vers Courtr^çon où la nuit les réunit, et (1 où ils gagnèrent Provins, le 27 mars.
Ils y retrouvèrent Joubert. Ce général, après avoir lutté dans Moutis le reste du jour précédent , avec mille hommes contre six mille Bavarois et vingt canons, leur avait échappé. On l'avait cru perdu. Cette réunion inespérée fut une courte et dernière joie au milieu de tant d'infortunes.
Heureusement Schwartzenberg , déjà étonné de la promptitude hardie de son mouvement du ^5, était retombé dans sa pesanteur méthodique et indécise. On assure que, dans cette marche dérobée à Napoléon,
m LIVRE NEUVIÈME.
OÙ tout devait élre si rapide, il sacrifia un temps précieux à des alignements de parade. Nos maréchaux, dépassés par Blûcher, avaient donc pu errer impunément pendant trente-deux heures, du sud au nord, puis du nord au sud, au milieu des champs et de ses avant-gardes. Ils purent même encore, pour reprendre haleine dans Provins, perdre toute la journée du 27. Marmont, pourtant, devait craindre d'arriver trop tard et trop faible devant Paris ; mais, après tant de sang et de fatigues, comment lui reprocher un repos indispensablePCe qui Tétait moins, c'était de laisser, comme il le fit, Souham et cinq mille hommes dans Nogent, sans les rallier à sa retraite. Déjà la fatalité pesait sur ce maréchal. Lui et Mortier ne repartirent de Provins que le 28. Ce fut seulement à Charenton, avec leurs débris réduits à dix mille hommes, que le 29 ils revirent enfin la Marne.
L'Invasion eut encore pu les y prévenir, et prendre Paris sans bataille. Tout entière sur la route de Meaux, Compans n'avait eu d'abord à lui opposer que quinze cents hommes! Dans Meaux, il est vrai, Ledru des Essarts, avec trois mille recrues et gardes nationaux, s'était joint à ce général. La, ces quatre mille cinq cents hommes, protégé? par la Marne et bien commandés, s'étaient défendus jusqu'au 28. Mais alors, la Marne franchie , la Coalition les avait débordés et repoussés. Toutefois Compans n'avait reculé que pied à pied, n'abandonnant chaque position qu'au moment où il y eût été culbuté, et forçant l'ennemi trop circonspect à des développements successifs, dont sa marche fut retardée. Claye , où deux mille cinq cents