‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 47 sur 302 · CHAPITRE IX. «T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. «T

ravisèrent. Mais, soit fierlé de Tun, ou pîlié de l'autre, ils ne se décidèrent pas à exiger de leurs soldats exténués une nuit de marche encore, ils ne donnèrent donc que pour le point du jour du 36 Tordre de reprendre les armes. Compans était dans Sézanne : ils n'avaient point d'autre passage , ils le firent prier de le leur garder jusqu'au lendemain.

Heureusement Compans s'y refusa. Il répondit que lavant-garde de' la grande armée Alliée était devant lui, et déjà l'Infanterie de l'armée de Silésie, derrière sa gauche, dans Montmirail; que, embarrassé par de lourds convois, il n'avait pas mille hommes à leur opposer ; que la nuit seule pouvait donc protéger sa retraite , et qu'il allait en profiter.

Cette réponse décida les maréchaux, mais trop tard encore. Le 26, à deux heures du matin, ils étaient pourtant en marche. La fatigue distendait leur colonne languissante. Elle défilait par deux hommes de front, et à tâtons, dans la fange profonde d'un mauvais chemin de traverse encaissé, et allait atteindre Sézanne , quand , dans l'obscurité , sa tête heurta l'ennemi , se fenversa sur ceux qui suivaient , y propagea l'effroi , et tous s'en furent à toute bride.

On était parti deux heures trop tard : la ville, abandonnée par Compans, était déjà prise. Belliard et Roussel rallièrent ces cavaliers éperdus ; la tête de colonne, reformée, se déploya ; le reste rejoignit, et tout s'arrêta. Le jour vint avant qu'on se fut décidé au seul parti <iui restait à prendre. Mais alors, les maréchaux ne voyant entre eux et leur seule retraite qu'un millier de chevaux Prussiens, forcèrent l'obstacle. Ils traver-

serent Sézanne ; après quoi^ ils se dirigèrent d'abord sur Courgivaux , puis à droite, par Moutis, sur La Ferté- Gaucher, centre des routes du Morin'. Cétaît là qu*ils espéraient rejoindre Compans, et faire tête à Forage. Ils eussent ensuite regagné , par Goulommiers, leur ligne d'opérations de la Marne, que, sur Tordre' dé VEmpereur, ils avaient abandonnée le 21 mars; leur but, qu'enfin ils se croyaient maîtres d'atteindre, était d'aller se replacer à Meaux entre rirfvasioti et la capitale.

Ainsi, malgré la violence des coups dont ils venaient d'être frappés , vaincus et non défaits, ces coups n*avaient point porté jusqu'à leur cœur; ils allaient le montrer, et quatre jours après, devant Paris, ils le firent voir bien plus encore !

Dans leur confiance ils s'avançaient vers La Ferté , et, en dépit de l'échauffourée de Sézanne, la nécessité d'une halte , pour manger et reprendre haleine , venait de les arrêter quatre heures, lorsque, pressés en queue par l'ennemi, ils reprirent leur marche. Mais, à l'instant où, luttant à leur arrière-garde, ils croyaient leur avant-garde dans La Ferté , ils apprennent que Compans vient d'en être chassé ; que leur halte les a perdus ; que déjà Blùcher les a fait devancer dans ce passage; q^'ils sont enfin entre deux feux, et sans retraite !

Le péril était grand , leur détermination l'égala. Contre ce double danger , s'armant d'un double courage , Marmont se chargea de contenir l'ennemi qui suivait, et Mortier, d'attaquer dans La Ferté celui qu'on avait en tête. Mais, du côté de Marmont, l'avant-garde de Schwarlzenberg, qu'il contint en face, l'assaillit tout

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