‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 51 sur 302 · CHAPITRE Xi 9S · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xi 9S

tairés ou autres^ ou refusés ou non appelés, étaient restés épars; les canons, inatilement entassés en parcs, manquaient de munitions; enfin, pas un seul pouce de terre n'avait été remué sur aucun des abords de la capitale. D'autre part, le Roi de Rome et la Cour avaient obéi aux dernières instructions de Napoléon : Tlmpératrîce venait de fuir vers la Loire ; elle était sortie de Paris la veille , et son escorte avait encore affaibli la défense, de deux mille hommes d'élite.

Paris et l'Empereur s'étaient mutuellement redoutés. Combien pourtant on eût trouvé là de ressources, pour prolonger la résistance pendant plus d'un jour ! Mais, outre la pénurie de petites armes, des instructions soupçonneuses avaient été confiées aux mains incertaines du Roi Joseph. Ces fatales instructions avaient été trop respectées par l'esprit fébrile et inquiet d'un vieux maréchal, en qui l'énergie du soldat ployait devant la responsabilité du général. Elles avaient enchaîné le patriotisme d'une population suspecte à l autorité absolue de l'Empereur : autorité jalouse, dont le principe, se retournant contre elle-même, produisit l'isolement. De là encore l'inertie des chefs, n'osant suppléer en rien aux instructions de leur maître absent , quelque insuffisantes ou contraires aux circonstances qu'elles fiissent devenues.

Cette fois, pourtant, ce reproche fut moins mérité. Quoiqu'on sût que l'inquiétude irritait Napoléon , on avait ose provoquer ses ordres. Un plan de défense, étudié mystérieusement par des officiers déguisés, avait été tracé. Les précédentes incursions, jusque sur Meaux, Melun^t Fontainebleau , en avaient fait solli-

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citer l'exécution ; mais alors les miracles de Champ- Aubert, Nangis et Monteireau , et plus tard les marches hardies sur Soissons , Laon et Reims , avaient seuls répondu*. On était rentré dans la soumission habituelle^ imposée par Finfaillibilité de quinze années de triomphes, et par ces récents et brillants retours de fortune. Ainsi, quelle qu'eût été lanxiété, chacun, accoutumé à voir l'Empereur tout prévoir et tout dicter, n'osant qu'obéir, avait attendu ses ordres : il n'en était point arrivé. Napoléon, soit confiance d'un génie aventureux , ou qu'il crût toujours que tout était là où il était, soit défiance de Paris, de ce -centre d'intrigues, ou crainte d'en effaroucher la population, d'y donner trop d'alarmes aux siens , trop d'espoir à ses ennemis, l'avait laissé sans défense. Il semblait n'avoir songé qu'à y maintenir l'obéissance.

Un maréchal et deux généraux, indépendants les uns des autres, y commandaient, sous un Gief sans expérience guerrière et d'un caractère indécis, le peu de forces disponibles. Elles consistaient en une garde nationale organiséedansune défiance réciproque. Aussi ne se composait-elle que de douze mille hommes effectifs, dont moitiésansarmes,etle reste armé seulement depuis la veille. C'était, avec des gendarmes et des pompiers, tout ce qu'il y avait pour garder Paris et ses cinquantesix barrières, que devaient couvrir, derrière quelques palissades, soixante-seize pièces, de huit et de quatre, mal approvisionnées, attelées de chevaux de poste, de fiacres ou de halage, et servies par trois cents élèves polytechniciens et quatre cent quatre-vingts Invalides.

Quant aux dehors, même dénûment : pas un re-

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