CHAPITRE X
tranchement , pas même une barricade dans' les faubourgs extérieurs, nuls préparatifs de défense. Quelques tambours en charpente, aux ponts de Saint-Maur et de Charenton , et, derrière ces ouvrages inutiles, quelques centaines de conscrits ; quelques autres encore, jetés précipitamment dans Vincennes et dans Saint-Denis ; enfin , pour renforcer, depuis cette dernière ville jusqu'à Charenton, les dix-sept mille combattants harassés de Compans et des maréchaux , sur un front de bataille de treize mille six cent cinquante mètres de développement , six mille soldats seulement : sur quoi deux mille vétérans, et quatre mille recrues à demi vêtues, et armées pour la première fois ce jour-là même !
Quant aux sept mille hommes détachés sur TYonne et le Loing, personne n'avait songé à les rappeler en poste; on ne l'osa. C'était donc, avec ces vingt-trois mille soldats trop vieux ou trop jeunes, sans réserve et sans retranchements, que, sur un. front de trois lieues, Marmont et Mortier allaient avoir à lutter contre cent cinquante mille hommes !
Ce fut dans cette journée du 2g seulement , que le Roi Joseph, guidé par son chef d'état-major, reconnut le cliamp de bataille. Les formes en sont prononcées. Le grand mamelon de Belleville à Rosny en était le saillant ; le plateau de Romain ville , le point capital ; puis, en seconde ligne, celui dont les contreforts, derrière l'étranglement formé parla gorge de Bagnolet, dominent, à droite et à gauche , les routes de Bondy et de Lagny ; enfin, en troisième ligne , et en désespoir de cause^ le plateau de Saint-Fargeau, en avant de
Belle V ille . Marmontse chargea dedéfendre ces positions .
Au pied de c^s hauteurs, à leur droite, de Bagnoet à Charenton ; à leur gauche, des carrières de Panlin au canal de TOurcq , Bordesoulle , Chastel avec dix-huit cents chevaux, et plus loin quelques cons^ crits d'une part, Compans et Ornano de l'autre, durent se poster en travers des routes qui, de Lagny et de Meluri d'un côté, de Meaux et du Bourget de l'autre, amenaient l'Invasion sur la capitale. Derrière ces ailes, aux barrières elles-mêmes, la garde nationale , les Polytechniciens, les Invalides et leur artillerie durent être placés en réserve.
A la .gauche de celte ligne, sur les deux rives du canal de TOurcq, commença Mortier. Les extrémités des longs faubourgs extérieurs de La Villette et de La Ciiapelle, et les dernières pentes de Clignancourt, sous * Montmartre, marqueront sa ligne de bataille. Elle bordera la plaine d'Aubervilliers , où la cavalerie de Belliard doit s'étendre. Enfin le sommet de Montmartre, où l'on montrera de loin à l'ennemi un rang de gardes nationales , recevra le Quartier Royal ; quelques vétérans et quelques batteries en occuperont les revers ; elles domineront les escadrons de Belliard et en protégeront les manœuvres.
Cependant Paris s'était ému : les plus riches, les plus dévoués fuyaient; les habitants des campagnes, au contraire, se réfugiaient dans ses murs. La population, à la fois effrayée et curieuse, debout tout entière, inondait les quais , les boulevards et jusqu'aux avenues menacées, avides de nouvelles et d'un si nouveau spectacle !