CHAPITRE
les barrières leur eurent été remises , qu'ils avaient commencé leur entrée dans la capitale.
Ce signal Je l'asservissement de l'Empire était devenu un signe de triomphe pour le parli Royal ! Aussitôt, <lans les rues, sur le boulevard, une cinquantaine de jeunes hommes, la cocarde blanche au front, et un drapeau blanc à la main, s'étaient élancés aux cris de Vwe Louis KFIIV, tandis qu'aux fenêtres quelques femmes, agitant leurs mouchoirs, leur avaient répondu par des acclamations semblables. Mais cet élan, qu'ils avaient espéré rendre contagieux, s'étânt moins propagé qu'il n'avait étonné et indigné , allait peut-être tourner contre eux-mêmes , lorsque s'était montrée à leur soutien la tête de colonne de la Coalition victorieuse. Elle s'avançait triomphalement : ses Souvei^ins , leurs généraux , leurs nombreux états-majors ^n tête, suivis de cent mille soldats et d'une artillerie formidable ! Cette longue et lourde chaîne d'oppresseiffs s'était successivement déroulée, elle avait couvert nos boulevards intérieurs jusqu'à la place de la Concorde !
Alors l'enthousiasme du parti Royal s'était changé en délire. Les uns, courant au-devant de nos ennemis, les avaient accueillis aux cris de Vivent nos Libérateurs! Fit^ent les Bourbons! et, s'indignant de la stupéfaction froide et silencieuse de la multitude, ils s'étaient inutilement efforcés de lui faire arborer leur cocarde blanche. D'autres, dans leurs transports insensés, avaient insulté follement, de leurs gestes et de leurs vociférations, la statue colossale de Napoléon debout sur sa grande colonne. Plusieurs même. Tes-
caladant, on les avait vus s'épuiser en efforts vains et ridicules pour en précipiter Tairain du sommet élevé, où, sous une autre forme et selon le vœu national, on la voit encore!
La présence des vainqueurs, et Taccord fortuit de leurs écharpes avec la couleur des Bourbons avaient contenu les citoyens , et protégé ces insensés contre l'indignation générale. Cependant la garde nationale s'agitait, s'irritait, et le malheur public allait siaccroitre de nos querelles intestines, quand l'ordre survint de laisser libre toute manifestation , pourvu qu'elle fût paisible.
Toutefois trois années de désastres , tant d'épuisement, l'absence de l'Empereur, cellede la Régente et du Gouvernement , avaient ébranlé Paris. Les factions s'en emparaient, et le génie dissolvant de l'intrigue^ cette plaie des Cours et des Capitales. Toute autre action sur la grande classe intermédiaire y était perdue. Cette foule , que le présent aveugle sur l'avenir, rassasiée, écrasée de guerre, la maudissait : elle en voulait la fin à tout prix ! elle était composée, comme dans tous les grands centres de populations,, de gens d'affaires, de faibles, de pacifiques, d'hommes de plaisirs et de repos : masse nulle au commencement et au milieu des actions, maïs toute-puissante à leur fin, quand leur durée fatigue, et d'un poids si grand alors, qu'elle entraîne tout!
Avec de pareilles dispositions, soit caractère des habitants, soit que, au milieu de ces grandes agglomérations d'hommes, l'un attire l'autre, et que toute émotion entraine les multitudes, Paris, dans cette im-