CHAPITRE m
rogeaienl. Cependant Napoléon, après avoir monlé avec précipitation, disparut dans' son appartement où il s'enferma seul avec le Duc de Vicence.
C'est là qu'il apprit, dans tous leurs détails, les événements, suites delà convention, d'abord verbale, qui avait terminé" la bataille : les pourparlers, dansBondy, pendant la nuit du 3o au 3i mars^ des magistrats de Paris avec Alexandre, pour régler la captivité de la capitale; l'aflectation des paroles généreuses et libérales de ce Prince envers la France, en ne se déclarant l'ennemi que d'un seul liomme; les vengeances, les inimitiés du dedans en libre contact avec celles du dehors, et tous ses ennemis intérieurs ralliés aux ennemis de l'Empire et de sa personne !
Pourtant, avant l'entrée des Étrangers, nos Royalistes, quelque. passionnés qu'ils fussent, n'avaient osé se prononcer publiquement; le sentiment de leur faiblesse les avait contenus. Mais la nuit avait favorisé et redoublé leurs sourdes manœuvres. Depuis, l'un d'eux, justement célèbre par son esprit, un prêtre, naguère disgracié du . Palais Impérial., les a divulguées dans l'aveugle ivresse du succès. Aujourd'bui le temps a changé en aveux ces vanteries, et l'histoire est forcée de s'en servir.
Pendant que les démarches de Caulaincourt auprès d'Alexandre ont été écartées par un ajournement, l'esjirit de parti, l'intrigue et la trahison ont trouvé leur chef. Un grand, mais insidieux personnage, le plus habile de tous ceux qui épient, avec une attention froide et intéressée, la fortune des Princes, pour la prévenir et changer à temps-, avait donné le signal. Disgracié
par Napoléon, soit intérêt personnel , soit conviction que les temps étaient* venus, pour lui comme pour la . France, d'accepter une autre fortune, il s'était décidé contre l'Empire, Le 3o mars, il avait paru obéir aux ordres qui l'appelaient à la suite de la Régente; tnais une feinte violence, concertée entre fui et ses amis, la- ,vait arrêté comme il sortait des barrières ; on l'avait ramené dans Paris, où son hôtel était devenu le centre de la révolution, le Quartier Impérial d'Alexandre, le lieu même où s'opérait, en ce moment, la déchéance de l'Empereur et la restauration de la Dynastie Royale !
Depuis longtemps Savary en savait beaucoup sur ce grand dignitaire. On ignore s'il n'osa s'assurer de sa personne, s'il l'oublia, ou s'il le laissa derrière lui, comme un utile intermédiaire qu'il se réservait dans ce naufrage ; le dévouement des hommes politiques n'allant guère jusqu'à brûler leurs derniers vaisseaux, quelque compromis qu'ils soient, et peut-être par cela même !
Le lendemain 3i, aux premiers rayons d'un spleil revenu brillant comme la veille, et dont la splendeur contrastait avec notre deuil, les Alliés, après avoir dormi du sommeil des vainqueurs, ont abandonné leurs bivouacs, et bientôt, aux accords joyeux de leur musique guerrière , ils se sont formés en colonnes. Tous portent à leurs bonnets une branche de •verdure, et au bras cette même écharpe blanche que, dès le 2 février, dans la mêlée du combat de La Rothière, ils avaient prise entr'eux pour se reconnaître. C'était ainsi, vers onze heures du matin, quand toutes