HIST. ET NÉM. — T. V
On n'eut pas besoin d'ordonner : ce peuple n'avait point encore assez d'idées pour juger par lui-même , pour distinguer et établir des différences ; l'exemple des Nobles suffit. Quelques étrangers restés dans Moscou auraient pu l'éclairer : on exila les uns, la terreur isola les autres.
Il fut d'ailleurs facile de ne laisser prévoir que profanations, pillage et dévastation à un peuple en- . core si séparé des autres peuples , et aux habitants d'une ville tant de fois saccagée et brûlée par les Tartares. Dès lors on ne pouvait attendre un ennemi impie et féroce que pour le combattre. Le reste devait éviter son approche avec horreur, pour se sauver dans cette vie et dans l'autre : obéissance, honneur, religion , peur, tout ordonnait donc de fuir avec tout ce qu'on pouvait emporter!
' Quinze jours avant l'invasion , le départ des archives , des caisses publiques, du trésor, et celui des Nobles et des principaux marchands , avec ce qu'ils avaient de plus précieux, indiqua au reste des habitants ce qu'ils avaient à faire. Chaque jour le Gouverneur, impatient déjà de voir se vider cette capitale, en faisait surveiller l'émigration.
Le 3 septembre, une Française, au risque d'être massacrée par des mougiques furieux, se hasarda à sortir de son refuge. Elle errait depuis longtemps dans de vastes quartiers dont la solitude l'étonnait , quand une lointaine et lugubre clameur la saisit d'ef-