CHAPITRE lU
L'abandon de leurs cabanes, faites de troncs d*ar« bres couchés les uns sur les autres , qu'une hache suffit pour construire, et dont un banc, une table et une image forment tout le mobilier, n'était guère un sacrifice pour ces serfs qui n'avaient rien à eux, qui ne s'appartenaient pas à eux-mêmes, et dont il fallait bien que partout leurs Seigneurs eussent soin , puisqu'ils étaient leur propriété , et qu'ils faisaient tout leur revenu.
D'ailleurs ces paysans, avec leurs chariots , leurs outils et quelques bestiaux , emportaient tout avec eux , la plupart se suffisant à eux-mêmes pour se loger, se vêtir, et pour tout le reste : car ces hommes en sont toujours aux commencements de leur civilisation , et bien loin encore de cette division de travail qui est l'extension et le perfectionnement du commerce ou de la société.
Mais dans les villes , et surtout dans la grande Moscou , comment quitter tant d'établissements , tant de douces et de commodes habitudes, tant de richesses mobilières et immobilières? Et cependant Tabandon total de Moscou ne coûta guère plus à obtenir que celui du tnoindre village. Là , comme à Vienne , Berlin et Madrid , les principaux Nobles n'hésitèrent point à se retirer à notre approche : car il semble que pour ceux-là rester serait trahir. Mais ici, marchands, artisans, journaliers, tous crurent devoir fuir comme les Seigneurs les plus puissants.