‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 100 sur 232 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

plonger de nouveau, et rentrer encore dans la terrible carrière des bouleversements politiques? Ainsi la guerre nous atteignait partout, et nous pourrions perdre tout à la fois.

Quelques-uns se réjouirent de cette nouvelle j dans l'espoir qu'elle bâterait le retour de l'Empereur en France, qu'elle l'y fixerait, et qu'il n'irait plus se risquer au dehors , n'étant pas sûr du dedans* Lelen-' demain les souffrances du moment firent cesser les conjectures. Quant à Napoléon^ toutes ses pensées le précédaient encore dans Paris, et il s'avançait machinalement vers Smolensk, quand lui-même fut rappelé tout entier au lieu et au moment présent par l'arrivée d'un aide de camp de Ney.

Depuis Viazma ce Maréchal avait commencé à soutenir cette retraite, mortelle pour tant d'autres, et pour lui immortelle! Jusqu'à Dorogobouje, elle n'avait été inquiétée que par quelques bandes de Cosaques, insectes importuns^ qu'attiraient nos mourants et nos voitures abandonnées , fuyant partout où l'on portait la main , mais fatiguant par leur retour continuel.

Ce n'était point le sujet du message de Ney. En approchant de Dorogobouje, il avait rencontré les traces du désordre dans lequel étaient tombés les corps qui le précédaient; il n'avait pu les effacer. Jusque-là il s'était résigné à laisser à l'ennemi des bagages ; mais il avait rougi de honte à la vue des premiers canons abandonnés devant Dorogobouje.

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Ce Maréchal s'y était arrêté. La , après une nuit horrible j où la neige , le vent et la famine avaient chassé des feux la plupart de ses soldats, Taurore, qu'on attend toujours si impatiemment au bivouac, avait amené la tempête , l'ennemi , et le spectacle d'une défection presque générale. En vaîh lui-même venait de combattre à la tête de ce qui lui restait de soldats et d'officyers ; il se voyait obligé de reculer précipitannnent jusque derrière le Dnieper : c'est de quoi il faisait avertir l'Empereur.

Il voulait qu'il sût tout. Son aide de camp, le colonel Dalbignac, devait lui dire : « Que, dès Malo- « laroslavetz , le pr.emier mouvement de retraite , (c pour des soldats qui n'avaient jamais reculé , avait a décontenancé l'armée ; que l'affaire de Via^ma l'a- « vait ébranlée ; et qu'enfin ce déluge de neige , et le f< redoublement de froid qu'il annonçait , en achète vait la désorganisation !

« Qu'une multitude d'officiers ayant tout perdu , « pelotons, bataillons, régiments, divisions même, <c s'ajoutaient aux masses errantes. On les voyait par c< Iroupes de généraux , de colonels , et d'officiers de (( tous grades, mêlés avec des soldats, et marchant à « l'aventure , tantôt avec une colonne, tantôt avec une « autre ; que , Tordre ne pouvant exister devant le dé- « sordre , cet exemple entraînait jusqu'à ces vieux ca- (i dres de régiments qui avaient traversé toute la « guerre de la Révolution î

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