CHAPITRE XII
oomiiie son courage! Dès lors il n'attache plus son honneur à des bagages, ni même à des canons, que l'hiver seul lui arrache. Un premier repli du Borysthène en arrête et retient une partie au pied de ses rampes de glace ; il les sacrifie sans hésiter, passe cet. obstacle , se retourne , et force le fleuve ennemi qui traversait la route à lui servir de défense.
Toutefois les Russes s'avançaient à la faveur d'un bois et de nos voitures abandonnées ; de là , ils fusillaient les soldats de Ney ; la moitié de ceux-ci , dont les armes glacées gèlent les mains engourdies , se découragent : ils lâchent prise , s'autorisant de leur faiblesse de la veille, fuyant parce qu'ils avaient fui; ce qu'avant ils auraient regardé comme impossible. Mais Ney se jette au milieu d'eux , arrache une de leurs armés, et les ramène au feu, que lui-même recommence , exposant sa vie en soldat , le fusil à la main , comme lorsqu'il n'était ni époux , ni père , ni riche , ni puissant et considéré ; enfin , comme s'il avait encore tout à gagner, quand il avait tout à perdre! En même temps qu'il redevint' soldat , il resta général : il s'aida du terrain, s'appuya d'une hauteur, se couvrit d'une maison palissadée. Ses généraux et ses colonels , parmi lesquels lui-même remarqua Fezensac , le secondèrent vigoureusement , et l'ennemi , qui s'attendait à poursuivre , recula !
Par cette action , Ney donna vingt-quatre heures de répit à l'armée; elle en profita pour s'écouler vers
Smolensk. Le lendemain, et tous les jours suivants, ce fut un même héroïsme : de Viazma à Smolensk il combattit dix jours entiers!