‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 104 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ik enfoncent tout, se \engèant de leur misère sur ces richesses 9 de leurs privations sur ces jouissances, et les enlevant aux Cosaques qui les regardaient de loin.

Celait aux vivres que la plupart en voulaient. Ils écartaient et rejetaient, pour quelques poignées de farine , les vêtements brodés , des tableaux , des ornements de toute espèce, et des bronzes dorés. Le soir ce fut un singulier aspect que celui <le ces richesses de Paris et de Moscou, de ce luxe de deux des plus grandes villes du monde , gisant épars et dédaigné sur une neige sauvage et déserte! •

En même temps la plupart des artilleurs , désespérés, enclouent leurs pièces , et dispersent leur poudre. D'autres en établissent une traînée qu'ils poussent jusque sous des caissons arrêtés au loin , en arrière de nos bagages. Ils attendent que les Cosaques les plus avides soient accourus , et , quand ils les voient en grand nombre, tous acharnés au pillage , ils jettent la flamme d'un bivouac sur cette poudre. Le feu court, et dans l'instant il atteint son but : les caissons sautent, les obus éclatent, et ceux des Cosaques qui ne sont pas détruits se dispersent épouvantés !

Quelques centaines d!hommes, qu'on appelait encore la i4' division, furent opposés à ces hordes, et suffirent pour les contenir hors de portée jusqu'au lendemain. Tout le reste, soldats, administrateurs, femmes et enfants, malades et blessés, poussés par

les boulets ennemis , se pressaient sur la rive du torrent. Mais à la vue de ses eaux grossies, de leurs plaçons massifs et tranchants, et de la nécessité d'augmenter, en se plongeant dans ces flots glacés, le supplice d'un froid déjà intolérable, tous hésitèrent.

Il fallut qu'un Italien , le colonel Delfanti , s'élançât le premier. Alors les soldats s'ébranlèrent et la foule suivit. Il resta les plus faibles, les moins déterminés, ou les plus avares. Ceux qui ne surent point rompre avec leur butin , et quitter la fortune qui les (|uittait , ceux-là furent surpris dans leur hésitation. Le lendemain on vit de sauvages Cosaques ,. au milieu de tant de richesses, être encore avides des vêtements sales et déchirés de ces malheureux devenus leurs prisonniers : ils les dépouillèrent, et les réunirent ensuite en troupeaux, puis ils les faisaient marcher nus , sur la neige , à grands coups du bois de leurs lances.

L'armée dltalie, ainsi démantelée , toute pénétrée des eaux du Wop , sans vivres , sans abri , passa la nuit sur la neige, près d'un village où ses généraux voulurent en vain se loger. Leurs soldats assiégeaient ces maisons de bois. Ces malheureux fondaient en désespérés et par essaims sur chaque habitation , profitant de l'obscurité qui les empêchait de reconnaître leurs chefs et d'en être reconnus. Ils arrachaient tout, portes, fenêtres, et Jusqu'à la charpente des toits ^

Page 1