‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 105 sur 232 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

peu touches de réduire d'aulres, quels qu'ils fussent, à bivouaquer coinme eux-mêmes.

Leurs généraux les repoussaient inutilement : ils se Laissaient frapper sans se plaindre , sans se révolter, inais sans s'arrêter, même ceux des Gardes royale et impériale; car, dans toute l'armée, c'était, chaque nuit , des scènes pareilles. Les malheureux restaient silencieusement et activement acharnés sur ces murs de bois , qu'ils dépeçaient de tous les côtés à la fois, et qu'après de vains efforts leurs chefs étaient obligés d'abandonner, de peur qu'ils ne s'écroulassent sur eux. C'était un singulier mélange de persévérance dans leur dessein, et de respect pour l'emportement de leurs généraux.

Les feux bien allumés, ils passèrent la nuit à se sécher au bruit des cris, des imprécations , des gémissements de ceux qui achevaient de franchir le torrent, ou qui, du haut de ses berges, roulaient et se perdaient dans ses glaçons.

C'est un fait honteux pour l'ennemi , qu'au milieu de ce désastre , et à la vue d'un si riche butin , quelques centaines d'hommes , laissés à une demi-lieue du Vice-Roi , et sur l'autre rive du Wop , aient arrêté , pendant vingt heures, non-seulement le courage, mais aussi la cupidité des Cosaques de Platof !

Peut-être l'Hetman crut-il avoir assuré pour le lendemain la perte du Vice-Roi. En effet toutes ses mesures furent si bien prises, qu'à l'inslant où l'armée

d'Italie y après une marche iaquiète et désordonnée^ apercevait Doukhowtchina ^ ville encore entière, et se hâtait avec joie d'aller s'y abriter, elle en vît sortir plusieurs milliers de Cosaques avec des canons qui l'arrêtèrent tout à coup. En même temps Platof , avec toutes ses hordes , accourut et attaqua son arrièregarde et ses deux flancs.

Plusieurs témoins disent qu'alors ce fut un tumulte, un désordre complet; que les hommes débandés, les femmes, les valets, se précipitèrent les uns sur les autres, et tout au travers des rangs ; qu'enfin il v eut un instant où cette malheureuse armée ne fut plus qu'une foule informe, une vile cohue qui tourbillonnait sur elle-même ! On crut tout perdu. Mais le sang-froid du Prince et les efforts des chefs sauvèrent tout. Les hommes d'élite se dégagèrent, les rangs se rétablirent. On avança en tirant quelques coups de fusil , et l'ennemi , qui avait tout pour lui , hors le courage , seul bien qui nous restât , s'ouvrit et s'écarta, s'en tenant à une vaine démonstration.

On prit sa place encore toute chaude dans cette ville , hors de laquelle il alla bivouaquer et préparer de pareilles surprises jusques aux portes de Sniolensk ; car le désastre du Wop avait fait renoncer à se séparer de l'Empereur. Là ces hordes s'enhardirent; elles enveloppèrent la i4® division. Quand le Prince Eugène voulut la dégager, les soldats et

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