‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 113 sur 232 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

recrues avaient doublé celles de Wittgenstein. Vers le milieu d'octobre, l'armée russe, sur ce point, montait à cinquante-deux mille hommes, et la nôtre à dix-sept mille. Dans ce nombre il faut comprendre le sixième corps, ou les Bavarois, réduits de ^ingtdeux mille hommes à dix-huit cents , et à deux mille cavaliers alors absents ; Saint-Cyr, sans fourrages , et inquiet des tentatives de l'ennemi sur ses flancs, venait de les envoyer, au loin, remonter et descendre la rive gauche dû fleuve, pour les faire vivre, et se faire éclairer par eux.

Car Saint-Cyr craignait d'être tourné à droite par Wittgenstein, et à gauche par Steinheil, qui s'avançait à la tête de deux divisions de l'armée * de Finlande , récemment arrivées à Riga. Il existe une lettre pressante de ce Maréchal à Macdonald : il lui demandait de s*opposer à la marche de ces Russes qui avaient à défiler devant son armée, et de lui envoyer un renfort de quinze mille hommes : ou, s*il ne voulait rien détacher, de venir lui-même, avec ce secours, prendre son commandement. Dans cette même lettre , il soumettait encore à Macdonald toutes ses combinaisons d'attaque ou de défense. Mais Macdonald ne crut pas devoir faire sans ordre un si grand mouvement. Il se défiait d'Yorch, qu'il soupçonnait peut-être d'avoir voulu livrer aux Russes son parc de siège. Il répondit qu'il devait, avant tout, songer à se défendre , et demeura immobile.

Dans celte situation , les Russes s'enhardissaient chaque jour de plus en plus. £nfin, le 17 octobre, les avant-postes de* Saint-Cyr furent repoussés sur son camp, et Wittgenstein s'empara de tous les débouchés des bois qui environnent Polotsk. Il nous menaçait d'une bataille qu'il ne croyait pas qu'on osât accepter.

Le Maréchal français, sans instruction de son Empereur, s'était décidé trop tard à se retrancher. Ses ouvrages n'étaient ébauchés qu'autant qu'il le fallait, non pour couvrir leurs défenseurs, mais pour leur marquer la place sur laquelle ils devaient s'opiniàtrer. Leur gauche , apjpuyée à la Dûna , et défendue par des batteries placées sur la rive gauche du fleuve , était la plus forte. Leur droite était faible. I^a Polota, affluent de la Dûna , les séparait.

Wittgenstein fit menacer le côté le moins accessible par Yacthwill; et lui-même, le 18, il se présenta contre l'autre, d'abord avec quelque témérité , car deux escadrons français , les seuls que Saint-Cyr eût gardés , renversèrent sa tête de colonne , prirent son artillerie, et le saisirent, dit-on, lui-même, mais sans le reconnaître ; de sorte qu'ils abandonnèrent ce général en chef, comme une prise insignifiante, quand le nombre les força de reculer.

Alors les Russes, s'élançant de leurs bois, se découvrent tout entiers. Ils assaillent Saint-Cyr avec fureur. Dès les premiers feux, une de leurs balles atteignit

Page 1