CHAPITRE L
ce Maréchal. Il n'en resta pas moins au milieu dès siens, ne pouvant plus se soutenir, et se faisant porter. L acharnement de Wittgenstein sur ce point dura autant que le jour. Sept fois les redoutes que défendait Maison furent prises et reprises ; sept fois Wittgenstein se crut vainqueur; enfin Saint-Cyr le découragea. Legrand et Maison restèrent maîtres' de leurs retranchements , tout baignés du sang des Russes.
Mais y pendant qu'à droite tout paraissait gagné , à la gauche tout semblait perdu : c'étaient des Suisses et des Croates dont l'emportement était cause de ce revers. Leur émulation avait jusque-là manqué d'occasion. Trop jaloux de se montrer dignes de la Grande Armée, ils furent téméraires. Placés négligemment en avant de leur position , pour y attirer Yaclhwil, au lieu de lui céder un terrain préparé pour le perdre, ils se précipitèrent au-devant de ses masses , et furent écrasés par le nombre. Les canonniers français , ne pouvant tirer sur cette mêlée , devinrent inutiles , et pos alliés furent culbutés jusque dans Polotsk.
C'est alors que les batteries de la rive gauclie de la Dùna ont découvert l'ennemi , et qu'elles ont pu commencer leur feu ; mais , au lieu de l'arrêter, elles ont précipité sa marche. Les Russes d'Yacthwil, pour éviter nos coups , se sont jetés avec plus de violence dans le ravin de la Polota , avec lequel ils allaient pénétrer dans la ville, lorsqu'enfin trois canons ,
placés en toute h&te contre la tête de leur colonne , et un dernier effort des Suisses les ont repoussés. A cinq heures tout était fini : les Russes s'étaient retirés de toutes parts dans leurs bois , et quatone mille hommes en avaient vaincu cinquante mille.
La nuit fut tranquille pour tous j même pour Saint- Cyr. Sa cavalerie trompée le trompait : elle assurait qu'aucun ennemi n'avait passé la Duna ^ ni au*dessus ni au-dessous de sa position; ce qui était inexact, car Steinheil et treize mille Russes avaient traversé ce fleuve à Drissa j et ils le remontaient par sa rivé gauche y pour prendre en arrière le Maréchal, et l'enfermer dans Polotsk, entre eux, la Dûna , et Wittgenstein.
Le jour du 19 montra- celui-ci prenant les armes, et disposant tçutes ses forces pour une attaque , dont il ne parut pas oser donner le signal. Toutefois Saint- Cyr ne se méprit pas à cette apparence : il comprît que ce n'étaient pas ses faibles retranchements qui arrêtaient un ennemi entreprenant et si nombreux , mais que sans doute il attendait l'effet de quelque manœuvre, le signal d'une coopération importante, et qu'elle ne pouvait avoir lieu que sur ses derrières.
En effet, vers dix heures du matin, un aide de camp arrive à tojute bride de l'autre côté du fleuve. Il annonce qu'une autre armée ennemie, celle de Steinheil, remonte rapidement la rive lithuanienne; qu'elle renverse la cavalerie française. Il demande un
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prompt secours; sans quoi cette nouvelle armée \a paraître bientôt derrière le camp et l'envelopper. £n même temps le bruit de ce combat porte la joie dans les rangs de Wittgenstein , et TeHroi dans le camp des Français.
La position de ceux-ci devenait horriblement critique. Qu'on se représente ces braves gens resserrés par une force triple de la leur, sur ime ville de bois , et acculés contre une grande rivière , n'ayant pour retraite qu'un pont dont une autre armée menaçait Fissue.
Vainement alors Saint-Cyr s'affaiblit de trois régiments , dont il dérobe la marche à Wittgenstein , et qu'il envoie sur l'autre rive pour arrêter Steinheil. A chaque moment le bruit du canon de celui-ci se rapproche de plus en plus de Polotsk. Déjà les batteries , qui , de la rive gauche j protégeaient le camp français , se retournent et s'apprêtent contre ce nouvel ennemi. A cette vue des cris de joie ont éclaté sur toute la ligne de Wittgenstein; néanmoins ce Russe est encore resté inactif. Pour commencer à son tour, il ne lui a donc pas suffi d'entendre Steinheil , il a voulu le voir paraître.
Cependant tous les généraux de Saint-Cyr, consternés, l'environnent; ils le pressent d'ordonner une retraite qui bientôt va devenir impossible. Saint- Cyr s'y refuse ; il sent que les cinquante mille Russes qui sont devant lui sous les armes, et comme en ar-
rêt, n*attèndent que son premier mouvement rétrograde pour s'élancer sur lui, et il demeure immobile, profitant de leur inconcevable stagnation, et espérant encore que la nuit enveloppera Polotsk de son ombre avant que Steinheil paraisse.
Depuis on Ta entendu dire que jamais une plus grande anxiété n agita son esprit. Mille fois , dans ces trois heures d*attente , on le vit consulter l'heure et regarder le soleil, comme s'il eût pu hâter sa marche.
Enfin, quand Steinheil n'était plus qu'à une demiheure de Polotsk, quand il n'avait plus que quelques faibles efforts à faire pour paraître dans la plaine, pour atteindre le pont de cette ville , et fermer à Saint-Cyr cette seule issue, par laquelle il pouvait échapper à Wittgenstein , il s'arrêta. Bientôt une brume épaisse, que les Français reçurent comme une faveur du Ciel, devança la nuit, et déroba les trois armées à la vue l'une de l'autre.
Saint-Cyr n'attendait que cet instant. Déjà sa nombreuse artillerie traversait en silence la rivière ; ses divisions allaient la suivre et dérober leur retraite, quand les soldats de Legrand, soit habitude, soit regret d'abandonner à l'ennemi leur camp intact , y mirent le feu. Les deux autres divisions crurent que c'était un signal convenu : en un instant toute la ligne fut embrasée.
Cet incendie dénonça leur mouvement. Aussitôt
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toutes les batteries de Wittgenstein ont éclate , ses colonnes se sont précipitées , ses obus ont mis le feu à la ville ; il a fallu en défendre les flammes pied à pied comme en plein jour, Fincendie éclairant le combat. Toutefois la retraite s'est faite en bon ordre; des deux côtés elle a été sanglante ; TAigle russe n'a repris possession de Polotsk que le 20 octobre, à trois heures du matin.
Le bonheur voulut que Steinheil dormit paisiblement au bruit de ce combat y quoiqu'il pût entendre jusqu'aux hurlements des milices russes. Il ne seconda pas plus l'attaque de Wittgenstein pendant toute cette nuit, que celui-ci , pendant le jour précédent , n'avait secondé la sienne. Ce fut quand Wittgenstein avait fini sur la rive droite, quand le pont de Polotsk était abattu , enfin quand Saint-Cyr, tout entier sur la rive gauche , y était aussi fort que Steinheil , que ce général commença à s'ébranler. Mais de Wrede et six mille Français le surprirent dans son premier mouvement , le culbutèrent pendant plusieurs lieues dans les bois dont il voulait déboucher, et lui prirent ou tuèrent deux mille hommes.
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3t« LIVRE DIXIÈME.
CHA|»ITRE II.
Ces trois journée» étaient glorieuses : Wîttgenstein repoussé , Steinheil battu , dix mille Russes et six généraux tués ou hors de combat! Mais Saint-Cyr était blessé , TofTensive perdue , Torgueil , la joie et Tabon*dance dans le camp ennemi , la tristesse et le dénûment dans le nôtre ; on reculait. Il fallait un chef à l'armée : de Wrede prétendait l'être , mais les généraux français refusèrent même de se concerter avec ce Bavarois, alléguant son caractère et croyant tout accord avec lui impossible; leurs prétentions s'entre-choquaient. Saint^Cyr, quoique hors de combat, fut donc forcé de garder la direction de ces deux corps.
Alors ce Maréchal ordonna la retraite vers Smoliany, par toutes les routes qui pouvaient y conduire. Lui se tint au centre , réglant Tune sur l'autre la marche de ces différentes colonnes. C'était un système de retraite tout contraire à celui que venait de suivre Napoléon.
Le but de Saint-Cyr était de trouver plus de vivres , de marcher plus librement, avec plus d'ensemble, enfin d'éviter une confusion trop ordinaire dans