CHAPITRE 111. ttr
ger il contesta , mais dont il ne cherclia pas, coiiime il arrive trop souvent , à se venger.
Cet officier blessé était Exelinans ! Dans cette action il fut tout : général , officier , soldat , artilleur même , car il se saisit d'une pièce abandonnée, la diargea, la pointa, et la fit servir encore une fois contre nos ennemis. Quant au chef des Westphaliens, depuis cette campagne , sa fin funeste et prématurée fit présumer c{ue déjà d'excessive^ fatigues et Tes suites de cruelles blessures l'avaient frappé mortellement.
L'ennemi, voyant cette tête de colonne marcher en bon ordre, n'osa l'attaquer que par ses boulets ; ils furent méprisés, et bientôt on les laissa derrière soi. Quand ce fut aux grenadiers de la Vieille Garde à passer au travers de ce feu, ils se resserrèrent autour dé Napoléon, comme une forteresse mobile, fiers d'avoir à le protégera Leur musique exprima cet orgueil. Au plus fort du danger elle lui fît entendre cet air dont les paroles sont si connues : « Oh pent^n être nûeiix a qtjCau sein de sa famille? » Mais l'Empereur, qui ne négligeait rien, l'interrompit en s'écriant : « Dites plutôt : Veillons au salut de l'Empire ! w Paroles plus convenables à sa préoccupation et à la position de tous.
En même temps les feux de l'ennemi devenant importuns, il les envoya éteindre, et deux heures après il atteignit Rrasnoé. Le seul aspect de Sébastiani et des premiers grenadiers qui le devançaient avait suffi
pour ea repousser Tinfanterie ennemie. Napoléon y entra inquiet, ignorant à qui il avait eu affaire, et avec une cavalerie trop faible pour qu'il put se faire éclairer par elle hors de portée du grand chemin. Il laissa Mortier et la Jeune Garde à une lieue derrière lui , tendant ainisi de trop loin une main trop faible à son armée, et décidé à l'attendre.
Le passage de sa colonne n'avait pas été sanglant , mais elle n'avait pu vaincre le terrain comme les hommes : la route était monlueuse, chaque éminence retint des canons , qu'on n'encloua pas, et des bagages qu'on pilla avant de les abandonner. Les Russes, de leurs collines, virent tout l'intérieur de l'arnnée , ses faiblesses, ses difformités , ses parties les plus honteuses^ enfin tout ce que d'ordinaire on cache avec le plus de soin.
Néanmoins il senoblait que, du haut de sa position, Miloradowitch se fût contenté d'insulter au passage de l'Empereur et de cette Vieille Garde depuis si longtemps l'effroi de l'Europe. Il n'osa ramasser ses débris que lorsqu'elle, se fut écoulée; mai$ alors il s'enhardit, resserra ses forces, et, descendant de seshauleurs, il s'établit fortement avec vingt mille hommes en travers de la grande route : païf ce mouvement il séparait de l'Empereur, Eugène, DavoutetNey, et fermait à ces trois chefs le chemin de l'Europe.