CHAPITRE IV. 2Zi
« nous en avons quatre-vingt mille ! » et le Russe, interdit, s*est retiré.
Un instant avait suffi pouf cet événement , et déjà des collines à gauche de la route jaillissaient des éclairs et des tourbillons de fumée : une gréle d'obus et de mitraille balayait le grand chemin , et des têtes de colonnes menaçantes montraient leurs baïonnettes.
Le Vice-Roi eut un moment d'hésitation. Il lui répugnait de quitter cette malheureuse troupe; mais enfin , lui laissant son chef d'état-major, il retourna à ses divisions pour les amener au combat, pour leur faire dépasser l'obstacle avant qu'il devînt insurmontable, ou pour périr : car ce n'était pas avec l'orgueil d'une couronne et de tant de victoires qu'on pouvait songer à se rendre.
Cependant Guilleminot appelle à lui les officiers qui , dans cet attroupement , se trouvent mêlés avec les soldats. Plusieurs généraux, des colonels, un grand nombre d'ofïîciers , en sortent et l'entourent ; ils se concertent, et, le proclamant leur chef, ils se partagent en pelotons tous ces hommes confondus en une seule masse, et qu'il était impossible de remuer.
Cette organisation se fit sous un feu violent. Des officiers supérieurs allèrent se placer fièrement dans les rangs et redevinrent soldats. Par une autre fierté quelques marins de la Garde ne voulurent pour chef qu'un de leurs officiers , tandis que chacun des autres pelotons était commandé par un général. Jus-
2Zt LIVRE DIXIÈME.
que*là ils n'avaient eu que TËmpereur pour colonel; près de périr ils soutenaient leur privilège , que rien ne leur faisait oublier, et qu'on respecta.
Tous ces braves gens , ainsi disposes , continuèrent leur marche vers Rrasnoe ; et déjà ils avaient dépassé les batteries de Miloradowitch , quand celui-ci , lançant ses colonnes sur leurs flancs , les serra de si près qu'il les força de faire volte-face , et de choisir une position pour se défendre. Il faut le dire pour l'éternelle gloire de ces guerriers , ces quinze cents Français et Italiens y un contre dix , ejt n'ayant pour eux qu'une contenance décidée et quelques armes en état de faire feu, tinrent leurs ennemis en respect pendant une heure.
Mais le Yice-Ijloi et les restes de ses divisions ne paraissaient pas. Une pius longue résistance devenait impossible. Les sommations de mettre bas les armes se multipliaient. Pendant ces courtes suspensions on entendait le canon gronder au loin devant et derrière soi. Ainsi ce toute l'armé^ était attaquée à la fois; a et de Smolensk à Krasnoé ce n'était qu'une ba- « taUle ! Si l'on voulait du secours , il n'y en avait (c donc pas à attendre : il fallait l'aller chercher ; mais « de quçl coté?. Vers Krasnoé cela était impossible, « on en était trop .loin ; tout portait à croire qu'on s'y a battait. Il faudrait d'ailleurs se remettre en retraite ; ii et ces Russes de Miloradovvitch , qui de leurs rangs « criaient de mettre bas les armes^ on en était trop