‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 148 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

a fleuve , lious le franchirons ! notre salut est sur a son autre rive ! » 11 marche aussitôt dans cette direction.

Toutefois, à peu.de distance du grand chemin qu'il vient d'abandonner, il s'arrête encore dans un village; son nom , ilsTignorent : ils croient que ce fut Fomina, ou plutôt Danikowa. Là il a rallié ses troupes et fait allumer des feux comme pour s'y établir. Des Cosaques , qui le suivaient , l'en ont cru sur parole , et sans doute qu'ils ont envoyé avertir Kutusof du lieu où le lendemain un Maréchal français lui rendrait ses armes, car bientôt leur canon s'est fait entendre.

Ney a écouté : « Est-ce enfin Davout , s'est-il écrié , « qui se souvient de moi? » Et il écoute encore. Mais des intervalles égaux séparaient les coups : c'était une salve. Alors , persuadé que dans le camp des Russes on triomphe d'avance de sa captivité , il jure de faire mentir leur joie , et se remet en marche.

En même temps ses Polonais fouillaient tout le pays. Un paysan boiteux fut le seul habitant qu'ils purent découvrir; ce fut un bonheur inespéré. Il annonça que le Dnieper n'était qu'à une lieue , mais qu'il n'était point guéable , et ne devait pas être gelé. « 11 le sera ! » répond le Maréchal ; et sur ce qu'on lui objectait le dégel qui commençait, il ajouta : « Qu'il « n'importait, qu'on passerait, parce qu'il n'y avait « que cette ressource ! »

Enfin , vers huit heureâ , on traversa un village , le

ravia finit ^ el le niougîk boiteux, q^û mardiait en lâte, s'arrêta en montrant le fleuve. Ils supposent qiie ce fut entre Syrokorénie et Gusinoé. Ney et le» preffMrs<|ui le suivaient accoururent. Le fleuve était pris,

il portait : le cours des glaçons , que jusque-là il charriait , contrarié par un brusque contour de ses rives, s'était suspendu; l'hiver avait achevé de le glacer» et c'était sur ce point seulement ; au-dessus et au^desseus sa surface était mobile encore !

Cette ol^servAtion fît succéder au premier mouvenaent de bonheur, de l'inquiétude. Le fleuve ennemi pouvait n'offrir qu'une perfide apparence. Un officier se dévoua : on le vit arriver difficilement à l'autre ]K>rd. Il revint annoncer que les lK>mmes, et peutêtre quelques chevaux j passeraient , qu'il &udrait abandonner le reste , et se presser, la glace conunençant à se dissoudre par le dégeL

Mais y dans ce mouvement nocturne , sileikcieux , à travers champs, d'une colonne composée d'hommes affaiblis , de blessés et de femmes avec letu*s enfants , on n'avait pu marcher assez serré pour ne pas se distendre , se désunir, et perdre , dans l'obscurité , la trace les uns des autres. Ney s'aperçut qu'il n'avait avec lui qu'une partie des siens; néanmoins il pouvait toujours passer 1'ol3stacle, assurer par là son salut, et attendre à l'autre rive. L'idée ne lui en. vint pas;, quelqu'un l'eut pour lui, il la repoussa! U donna trois heures au ralliement ; et , sans se laisser agiler par

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