CHAPITRE II. sot
kof , le danger le plus proche et le plus pressant avait attiré toqte Tattention ; les sages instructions du 6 octobre n'avaient point été renouvelées par Napoléon ; elles parurent oubliées par son lieutenant. Enfin , lorsqu'à Dombrowna TEmpereur apprit la perte de Minsk 9 lui-même ne jugea pas Borizof dans un aussi pressant danger, puisqu'en passant le lendemain à Orcha , il fit brûler tous ses équipages de pont.
D'ailleurs sa correspondance du 20 novembre avec Victor prouve sa confiance : elle supposait qu'Oudinot serait près d'arriver le 25 dans Borizof, tandis que j dès le 2 1 , cette ville devait tomber au pouvoir de Tchitchakof .
Ce fut le lendemain de cette fatale journée, à trois nlarches de Borizof et sur la grande route , qu'un officier vint annoncer à Napoléon cette nouvelle désastreuse. L'Empereur, frappant la terre de son b&ton, lança au Gel un regard furieux avec ces mots : a II « est donc écrit là-haut que nous ne ferons plus « que des fautes! »
Cependant le Maréchal Oudtnot , déjà en marche pour Minsk , et ne se doutant de rien , s'était arrêté le 21, entre Bobr et Kroupkî, lorsqu'au milieu de la nuit le général Brownikowski accourut pour lui annoncer sa défaite , celle de Dombrowski , la prise de Korizof, et que les Russes le suivaient deprès^
Le 22, le Maréchal marcha à leur rencontre et rallia les restes! de : Dombrowski,
Z9t LIVRE ONZIÈM.B.
Le a3 U se heturta, à trois lieues en a^saol! de Borîzofy oonire raivaDt*gaiHie russe , qu'il seavarsa^ à laquelle il prit neuf cenis hominesy qukize cents voitures^ et qu'il ramena à grands canfs de csaoon^de sabre et de batonnette, jusque sur la Bérhmw; mai» les débris de Lambert , en repassant Borizof et celle rivière, en détruisirent le pont.
Napoléon était alors dans Toloczine; il se faisait décrire là position de Borizof. On lui confirme que, sur ce point , la fiérézina n'est pas seulement une ri- 'vière, mais un lac de glaçons mouvants; que son pont a trfûs cents toises de longueur ; que sa destruction est irréparable , et le passage désormais impossible.
Un général du génie arrivait en ce moment ; il revenait du corps du Duc de Bellune. Napoléon l'interpeiie : le général déclare v qu'il ne voit plus de salut a qu'au travers de Taroiée de Wittgensleîn. » L'Empereur répond « qu'il lui faut une direction dans lace quelle il tourne le dos à tout le monde, à Kutusof, à a Wittgenstein , à Tchitcbakof ; » et il montre du doigt sur sa carte le cours de la Bérézina au-dessous de Borizof : c'est là qu'il veut traverser cette rivière. Mais le général lui objecte la présence de Tcbitcbakof sur la rive droite ; et l'Empereur désigne im autre point de passage au-dessous du premier, puis un troisième plus près encore du Dnieper. Alors, sentant qu'il s'approche du pays des Cosaques, il s'arrête et s'écrie : « Ah, oui! Pultawa!.... C'est comme Charles XII! »
CHAPiTRS 11. 9^
£d effet, toirt: ce que Napoléon pouvait: pré\sotr de malheurs était arrivé : aussi la triste conformièé de sa situation a.vec celle du conquérant suédois le jeta« t-elle daos une si grande contention d'esprit , que ^ santé en fut ébranlée plus mcore qu'à Malo-Ianoslavetz. Dans les paroles qu'alors il laissa entendre , on remarqua ces mots : « Voilà donc ce qui arrive quand « on entasse fautes sur fautes! »
Néanmoins ces premiers niouvenients furent les seuls qui lui échappèrent^ et lé valet de chattihre qui le secourut fut le seuFqui s'aperçut de son agitation. Duroc , Dam , Bertlûer, ont dit qu'ils l'ignorèrent , qu'ils le virent inébranlable; ce qui était vrai j humainement parlant , puisqu'il restait assez maître de lui pour contenir son anxiété, et que la force de l'homme ne consiste le plus souvent qu'à cacher sa faiblesse!
Au reste, un entrelien digne de remarque , qu'on entendit cette même nuit , montrera tout ce qu'avait de critique sa position , et comment, il la supportait. La nuit s'avançait; Napoléon était couché; Duroc et Daru , encore dans sa chambre , se livraient , à voix basse, aux phis sinistres conjectures, croyant leur chef endormi; mais lui les écoutait, et, le mot de prisonnier d'Etat venant à frapper son oreille : « Comment ! s'écria-t-il , vous croyez qu'ils l'ose- « raient? »
Daru , d'abord surpris , répondit bientôt « que si « l'on était forcé de se rendre, il faudrait s'attendre à
€< tout; qu'il ne se fiait pas à la générosité d'un en- « nemi; qu'on savait assez que la grande politique se oc croyait elle*ménie la morale , et ne suivait aucune « loi. — Mais la France ! reprit l'Empereur ; et que « dirait la France? — Oh , pour la France , continua K Daru j on peut faire sur elle mille conjectures plus « ou moins fâcheuses j mais nul de nous ne peut sa- • « voir ce qui s'y passerait! »
Et alors il ajoute a que pour les premiers officiers « de l'Empereur, comme pour l'Empereur lui-même, « le plus heUreux serait , que par les airs ou auu*ea ment , puisque la terre était fermée , il pût gagner (c la France j d'où il les sauverait plus sûrement qu'en a restant au milieu d'eux ! — Ainsi donc je vous em- « barrasse? reprit l'Empereur en souriant. — Oui, ft Sire. — Et vous ne voulez pas être prisonnier d'E- <x tat? » — Daru répondit sur le même ton j a qu'il ce lui suffirait d'être prisonnier de guerre. » Sur quoi l'Empereur resta quelque temps dans un profond silence ; puis, d'un air plus sérieux : « Tous les rapports oc de mes ministres sont-ils brûlés? — Sire, jusques « ici vous ne l'avez pas voulu permettre. — Eh bien, « allez les détruire ; car, il faut en convenir, nous a sommes dans une triste position! » Ce fut là le seul aveu qu'elle lui arracha , et sur cette pensée il s'endormit , sachant , quand il le fallait , tout remeltre au lendemain.
On vit dans ses ordres la même fermeté. Oudinot