CHAPITRE y. 82t
le fleuve , et , malgré les glaçons qui coupaient et ensanglantaient le poitrail et les flancs de leurs chevaux , ils parvinrent au bord opposée Sourd, chef d'escadron , et cinquante chasseurs du 7*, portant en ci'oupe des voltigeurs, les suivirent, ainsi que deux faibles radeaux qui transportèrent quatre cents hommes en vingt voyages.
L'Empereur voulait un prisonnier qu'il pût questionner. Jacqueminot avait entendu l'expression de ce désir : à peine a-t-il franchi le fleuve , qu'il court sur l'un des soldats de Tchaplitz, l'attaque, le désarme, s'en saisit, et, le plaçant sur l'arçon de sa selle, l'amène , au travers des glaces et du fleuve , à Napoléon !
Vers une heure le rivage était nettoyé de Cosaques , et le pont pour l'infanterie achevé ; la division Legrand le traversait rapidement , avec ses canons , aux cris de « f^ive V Empereur ! » et devant ce Souverain , qui aidait lui-même au passage de l'artillerie , en encourageant ces braves soldats de sa voix et de son exeniple ! .
Il s'écria, en les voyant enfin maîtres du bord opposé : « Voilà donc encore mon Étoile ! » car il croyait à la fatalité, comme tous les conquérants, ceux des hommes qui , ayant eu le plus à compter avec la Fortune, savent bien tout ce qu'ils lui doivent , et qui d'ailleurs , sans puissance intermédiaire entre eux et le Ciel , se sentent plus immédiatement sous sa main.