‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 170 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et de le contenir le plus loin possible du passage de Studzianka.

Tchaplitz persévéï^a dans son obéissance pour l'Amiral jusqu'à Stakhowa, village voisin de Borizof. Alors il se retourna , et fit tête aux premières troupes d'Oudinoty que commandait Albert. On s'arrêta des deux côtés. Les Français, se trouvant assez loin , ne voulaient que gagner du temps , et le général russe attendait des ordres.

Tchitchakof s'était trouvé dans une de ces circonstances difficiles où , la préoccupation devant flotter incertaine sur plusieurs points à la fois, il suffit qu'elle se soit d'abord décidée et fixée sur un côté pour qu'aussitôt elle se déplace et verse de l'autre.

Sa marche de Minsk sur Borizof en trois colonnes , non-seulement par la grande route, mais par les

routes d' Anlonopolie , de Logoïsk et de Zembin, montrait que toute son attention s'était d'abord dirigée sur la partie de la Bérézina supérieure à Borizof. Dès lors , fort sur sa gauche , il ne sentit plus que sa faiblesse sur sa droite , et toutes ses inquiétudes se transportèrent de ce côté.

L'erreur qui l'entraîna dans cette fausse direction eut encore d'autres fondements. Les instructions de Kutusof y appelèrent sa responsabilité. Hœrtel, qui commandait douze mille hommes vers Bobruisk , refusa de sortir de ses cantonnements, de suivre Dombrowski , et de venir défendre cette partie du fleuve ;

il allégua le danger d'une épizootie, prétexte inou! , invraisemblable , mais vrai , et que Tchitchakof luimême a confirmé.

Cet Amiral ajoute qu'un avis donné par Wittgens* lein attira encore son anxiété vers Bérézino inférieur, ainsi que la supposition , assez naturelle j que la présence de ce général sur le flanc droit de la Grande Armée , et au-dessus de Borizof , pousserait Napoléon au-dessous de cette ville.

Le souvenir des passages de Charles XII et de Davout à Bérézino put aussi être un de ses motifs. En suivant cette direction , Napoléon , non-seulement éviterait Wittgenstein , mais il reprendrait Minsk , et se joindrait à Schwarlzenberg. Ceci dut encore être une considération pour Tchitchakof, dont Minsk était la conquête , et Schwartzenberg le premier adversaire. Enfin, et surtout, les fausses démonstrations d'Oudinot vers Ucholoda et vraisemblablement le rapport des juifs le déterminèrent.

L'Amiral , complètement trompé , s'était donc résolu, le 25 au soir, à descendre la Bérézina, dans Tinstant même où Napoléon s'était décidé à la remonter. On eût dit que l'Empereur français avait dicté au général ennemi sa résolution , l'heure où il devait la prendre , l'instant précis et tous les détails de son exécution. Tous deux étaient partis, en même temps, de Borizof : Napoléon pour Studzianka , Tchitchakof pour Szabaszawiczy, se tournant ainsi le dos comme

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