‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 190 sur 232 · CHAPITRE XUl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUl

par vingt ans de triomphes y et dont la chaleur survivait et combattait encore !

L'autorité des chefs était d'ailleurs restée entière et respectée, parce qu'elle avait toujours été toule paternelle , et que les dangers , les triomphes , les maux, avaient toujours été en commun. C'était une famille malheureuse, dont le Chef était peut-être le plus à plaindre. Ainsi TEmpereur et la Grande Armée gardaient l'un envers l'autre un triste et noble silence : on était à la fois trop fier pour se plaindre , et trop expérimenté pour n'en pas sentir l'inutilité.

Cependant Napoléon entre précipitamment dans son dernier quartier impérial ; il y achève ses dernières instructions, et le vingt-neuvième et dernier bulletin de son armée expirante. Des précautions furent prises dans son appartement intérieur pour que, jusqu'au lendemain, rien de ce qui allait s'y passer ne transpirât.

Mais le pressentiment d'un dernier malheur saisit

ses officiers : tous auraient voulu le suivre. Us étaient affamés de revoir la France , de se retrouver au sein de leurs familles , et de fuir cet atroce climat ; mais ^cun n'osait en témoigner le désir : le devoir et l'honneur les retenaient.

Pendant qu'ils feignaient un repos qu'ils étaient loin de goûter, la nuit et l'instant que l'Empereur ' avait désignés pour déclarer aux chefs de l'armée sa résolution, arrivèrent. Tous les Maréchaux furent

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appelés. A mesure qu'ils entrèrent , il les prit chacun en particulier, et d'abord il les gagna à son projet, tantôt par ses raisonnements , tantôt par des épanehements de confiance.

C'est ainsi qu'en apercevant Davout , on le vit aller au-devant de lui , et lui demander pourquoi il ne le voyait plus, s'il l'avait abandonné! Et sur ce que Davout répondit qu'il croyait lui déplaire, l'Empereur s'expliqua doucement, accueillit ses réponses, lui confia jusqu'au chemin qu'il croyait devoir prendre , et reçut ses conseils sur ce détail.

Il fut caressant pour tous; puis, les ayant réunis à sa table, il les loua de leurs belles actions pendant cette campagne ! Pour lui, il ne convint de sa témérité que par ces seuls mots : <c Si j'étais né sur le « trône, si j'étais un Bourbon, il m'aurait été facile it de ne point faire de fautes! »

Quand le repas fut achevé , il leur fit lire par le Prince Eugène son vingt-neuvième bulletin; après quoi, déclarant hautement ce qu'il avait déjà confié à chacun d'eux , il leur dit : « Que , cette nuit même, « il allait partir , avec Duroc , Caulaincourt , et Lo- « bau , pour Paris ; que sa présence y était indispent( sable pour la France , comme pour les restes de sa » malheureuse armée. C'était de la seulement qu'il (c. pourrait contenir les Autrichiens et les Prussiens. « Sans doute ces peuples hésiteraient à lui déclarer •< la guerre, lorsqu'ils le sauraient à la tête de la

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