‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 189 sur 232 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Napoléon venait d y arriver au milieu d'une foule de mourants , dévoré de chagrin , mais ne laissant percer aucune émotion à la vue des souffrances de ces malheureux 9 qui, de leur côté, ne lui faisaient entendre aucun murmure. Il est vrai qu'une sédition était impossible : c'eût été un effort de plus , et toutes les forces de chacun étaient employées à combattre la faim, le froid, et la fatigue; il eût d'ailleurs fallu de l'ensemble, s'accorder, s'entendre, et la famine et tant de fléaux séparaient et isolaient , en concentrant chacun tout entier ,en lui-même. Bien loin de s'épuiser en provocations, en plaintes même, on marchait silencieux , réservant tous ses moyens contre une nature ennemie, distrait de toute autre idée par une action , par une souffrance continuelles. Les besoins physiques absorbaient toutes les forces morales : on vivait ainsi machinalement dans ses sensations , restant soumis encore par souvenir, par suite d'impressions reçues dans un meilleur temps , et beaucoup par un honneur, par un amour de gloire, exalté

Page 1