Du général Comte de Gapfarelli , Vun des plus anciens
aides de camp de Napoléon :
Leschelle ftar Guise (Aisne), 20 septembre 1824.
Je viens, général, d'achever la lecture de V Histoire de la guerre de Russie. Dès les premières pages, elle m*a tellement attaché, que je n'ai fait autre chose jusqu'à la (in. J'ai revu plusieurs passages qui m'ont
intéressé plus particulièrement , et je prends la plume pour vous remercier de toutie l>ien que vous m'avez fait partager. Vous avez peint leshpmraes et les choses avec une vénké et une chaleur qui n'appartiennent qu a celui qui sent vivement, qui sait observer, et qui régie par la raison les mouvements de son coeur. Vous ave/ acquis des droits ii la reconnaissance de la Vieille Armée dont vous avez proclamé la gloire, de cette armée vaincue par le climat et non par Tennemi , et qui a succombé non sotis ses coups, .mais sous le poids de toutes les adversités. Vous avez parié de son Oief et de ses fautes avec la noblesse qui convient, et si elles sont des taches, vous les faites disparaître par la peinture de ses grandes et sublimes cpialîfés. Dans tous les temps , vos récits eussent reçu Tapprobation générale, parce qulls sont vrais et bien présentés; aujourd'hui c'est plus que de lapprobation ; et lorsque tant dliommes, coinblésde faveurs, ont ouMîé si facilement et si promptement leur bienfaiteur. Ton voit avec satisfaction qu*il existe un homme dont Tâme noble et élevée ne craint pas de faire entendre la voix de la vérité , et de rendre justice à la mémoire d'un grand homme, etc., etc.
Signé, C A. de (^affarelli.
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6, ii€ M. le Comte Daitv, Ministre et seerétaire êTEtea de Napoléon j et depuis Tair de France:
Monsieur le comte ,
Apres vous avoir remercié de Tenvoi que vous avez ^u la bonté de me faire, je dois vous readre compte de rimpression que j*ai éprouvée à la lecture de votre ouvrage. 3e n'ai pas besoin de vous dire qu'elle a été vive, Tempressement du lecteur vous le prouvera suffisamment. Lepay%^ les événements , les personnes ^ le quartier général j j sont peints ai^ec autant de chaleur que de vérité ^ et tels que je les ai vus. Cest cette vérite de couleur et (T expression qui fera le succès de votre livre. J'aurais préféré que vous ne m'y eussiez pas cité, parce que j'ai été de peu de chose dans ces grands événements. Mais, quoique vous l'ayez fait avec trop dé bienveillance pour que tnon témoignage puisse être désintéressé, je n'en suis pas moins sincère en rendant justice au liare talent que tout le monde remarquera dans ce récit de la plus grande catastrophe des temps modernes.
Ou en serions-nous , si nous nous en remettions aux historiographes du soin de peindre les choses et les hommes dont ils voudraient effacer le souvenir? Ils feraient commre Daniel, qui, dans le récit du règne d'Henri IV, a trouvé le secret de ne nous entretenir que des Jésuites et du PèreCotton. Pour nous, con-
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temporalns, témoins, acteurs plus ou moins intéressés de ces grands événements , nous avons des passions, des préjugés dont il faut nous défendre. La Postérité est déjà arrivée pour les événements consommés. Ne lui présentons que les faits dignes d'elle. Mais n*o* mettons rien de ce qu'elle a droit de savoir. 11 ne suffit pas de peindre les choses comme on les a vues ; il faut s'assurer qu'on les a vues comme elles étaient. Sous ce rapport , je ne puis que rendre justice à la fidélité de votre tableau. LesfaitSy que je me suis trouvé à portée aobsen^er par moi-même, me paraissent rendus très-exactement. Fous trouverez des critiques parce que vous aurez du succès^ mais, après la controverse, les choses restent ce qu'elles sont, et je ne prévois pas qu'elle ait lieu de s'exercer sur les faits importants. Quant aux détails , chacun ne peut parler que de ceux dont il a connaissance. 11 en est un siur lequel je vous rappellerai une observation que je crob vous avoir faite , et pour l'honneur de l'humanité je voudrais bien avoir raison. 11 n'est pas à ma connaissance que l'excès de la faim ait poussé des malheureux jusqu'à dévorer les cadavres de leurs compagnons. H restait toujours , ce me semble , des chevaux sur la route. Cela devait suffire pour que le désespoir n'allât pas jusqu'à cette extrémité. Je voudrais encore un coup que ce fait ne fût pas vrai; je n'en avais pas oui parler; je vous engage à le vérifier : il en vaut bien la peine*
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Dans le temps où nous sommes on fait beaucoup de Mémoires ; maïs ces Mémoires sont la plupart du temps des ouvrages de parti. Non-seulement ce n'est pas là de l'histoire , ce ne sont même que des matériaux suspects. Il faut une bien autre élévation de sentiments et de pensées pour s'emparer de cette magistrature. Elle n'appartient qu'aux âmes fermes, aux esprits justes, aux cœurs droits et au talent. Les faiseurs de Mémoires sont des témoins , l'historien est un juge. Vous vous êtes placé à ce point, d'où la vue peut embrasser un sujet dans son ensemble, et d'où le peintre doit en négliger les détails. Nous avions déjà sur cette campagne des histoires spécialement militaires. La vôtre n'est pas un ouvrage technique, et c'est par celte raison qu'elle aura beaucoup de lecteurs.
Recevez, je vous prie, Monsieur le Comte, l'assurance de tous les sentiments d'attachement et de haute considération aveclesquelsj'ai l'honneur, etc.
Signé, C* Daru.
y. Bu général Comte Dumas, Conseiller d^État de Napoléon, et Intendant génércd de la Grande Armée en i8ia :
16 décembre 1824.
Je n'ai tant tardé , mon cher général , à vous remercier de votre bon souvenir, et de l'envoi que vous
Hl&T. tT MÉM. — T. y. «9
avez bien voulu me faire de votre intéressant ouvrage, que pour me donner tout le temps de le lire avec la plus sévère attention, sans me larisser entraîner par le bruit des applaudissements, ni parla partialité si naturelle d'une vieille et paternelle amitié. C'est donc en toute conscience d'auteur et de critique que je vous félicite d'un succès si bien mérité. Le sujet n'était que trop vaste. Vous l'avez pleinement traité : aucune opération importante, aucun fait glorieux pour nos armes n'ont été omis, aucune faute palliée; votre style est nerveux et aussi vif que le furent nos sensations. Il a partout la couleur locale; enfin vous avez su mettre en scène, et toujours à leur place, les principaux acteurs de ce terrible drame , et vous avez avec raison relevé au-dessus d'eux tous l'héroïque Maréchal Ney . Ne doutez pas, mon cher Ségur, du plaisir que j'^éprouve à entendre si généralement et si justement louer votre ouvrage, etc., etc.
Signé ^ LE (?• Dumas.
8. De Monsieur Mounier, Secrétaire du Cabinet de Napo^ léon pendant la campagne de Russie :
6 jaîUet 1825.
Je ne puis me refuser, mon cher Ségur, au désir de vous exprimer la satisfaction que j'ai éprouvée, en Usant l'ouvrage où vous avez décrit une des plus
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grandes entreprises et la plus grande catastrophe dont rhistoîre ait gardé le souvenir. Tous ceux qui , comme nous 9 ont été témoins oculaires , reconnais* sent la vérité du tableau que vous avez peint avec de si vives couleurs , et se croient reportés au milieu de ces scènes terribles qui ont laissé dans leur mémoire de si profondes impressions. Le succès d'un écrit aussi intéressant pour la gloire nationale devait être éclatant ; on peut prédire qu'il ne sera pas éphémère.
Le jugement du public contemporain sera sans doute confirmé par l'avenir, etc., etc.
Signé ^ MouNTER.