CHAPITRE VII
fut forcé d^iésiter. Lui qu on vit, en iSoS, ordonner labandon subit et total d'une «descente préparée à si grands frais , et décider^ de Boulogne-su r-Mer, la surprise, Tanéantissenient de l'armée autrichienne, enfin toutes les marches de la campagne d'Ulm jusqu'à Munich, telles qu'elles furent exécutées; ce même homme qui, Tannée d'après, dicta de Paris, avec la même infaillibilité , tous les mouvements de son armée jusqu'à Berlin , le jour fixe de son entrée dans cette capitale, et la nomination du gouverneur qu'il lui destinait, c'est lui qui, à son tour étonné, reste incertain ! Jamais il n'a commmiiqué ses plus audacieux projets à ses ministres les plus intimes que par Tordre de les exécuter ; et le voilà contraint de consulter, d'essayer les forces morales et ph}'siques de ceux qui l'entourent!
Toutefois c'est en conservant les mêmes formes. 11 déclare donc qu'il va marcher sur Pétersbourg. Déjà cette conquête est tracée sur ses cartes , jusque-là si prophétiques ; l'ordre même est donné aux différents corps de se tenir prêts. Mais sa décision n'est qu'apparente ; c'est comme une meilleure contenance qu'il cherche à se donner, ou une distraction à la douleur de voir se perdre Moscou; aussi Berthier, Bessières surtout, Teurent-ils bientôt convaincu que le temps , les vivres , les routes , que tout lui manquait pour une si grande excursion.
En ce moment il apprend que Kutusof, après avoir
fui vers l'Orient, a tourne subitemait vers le Midi, et qu'il s'est jeté entre -Moscou et Kalougha. C'est un motif de plus contre l'expédition de Pétersbourg; c'était une triple raison de marcher sur cette armée défaite, pour l'achever; pour préserver son flanc droit et sa ligne d'opération; pour s'emparer de Kalougha et de Toula , le grenier et l'arsenal de la Russie; enfin, pour s'ouvrir une retraite sûre, courte, neuve et vierge, vers Smolensk et la Lithuanie.
Quelqu'un proposa de retourner sur Wittgenstein et Vitepsk.
Napoléon reste incertain entre tous ces projets. Celui de la conquête de Pétersbourg seul le flatte. Les autres ne lui paraissent que des voies de retraite, des aveux d'erreur; et, soit fierté, soit politique qui ne veut pas s'être trompée, il les repousse.
D'ailleurs, où s'arrêterait-il dans une retraite ? Il a tant compté sur une paix de Moscou , qu'il n'a point de quartiers d'hiver prêts en Lithuanie. Kalougha ne le tente point. Pourquoi détruire encore de nouvelles provinces? Il vaut mieux les menacer, et laisser aux Russes quelque chose à perdre, pour les décider à une paix conservatrice. Peut-il marcher à une autre bataille, à de nouvelles conquêtes, sans découvrir une ligne d'opération toute semée de malades, de traineurs, de blessés , et de convois de toute espèce? Moscou est \e point de ralliement général, com* ment le changer? Quel autre nom attirerait'