CHAPITRE VII. Il
sait autour de nous le mugissement des flammes. Une seule rue étroite, tortueuse et toute brûlante, s'offrait plutôt comme l'entrée que comme la sortie de cet enfer. L'Empereur s'élança à pied, et sans hésiter, dans ce dangereux passage. 11 s'avança au travers du pétillement de ces brasiers, au bruit du craqucment des voûtes et de la chute des poutres brûlantes et de$ toits de fer ardent qui croulaient autour de lui. Ces débris embarrassaient ses pas. I^s flammes , qui dévoraient avec un bruissement impétueux les édifices entre lesquels il marchait, dépassant leur faite, fléchissaient alors sous le vent et se recourbaient sur nos têtes. Nous marchions sur une terre de feu , sous un ciel de feu, entre deux murailles de feu ! Une chaleur pénétrante brûlait nos yeux, qu'il fallait cependant tenir ouverts et flxés sur le danger. Un air dévorant, des cendres étincelantes , des flammes détachées, embrasaient notre respiration courte, sèche, haletante, et déjà presque suiToquée par la fumée. Nos mains brûlaient en cherchant à garantir notre figure d'une chaleur insupportable, et en repoussant les flammèches qui couvraient à chaque instant et pénétraient nos vêtements.
Dans celte inexprimable détresse, et quand une course rapide paraissait notre seul moyen de salut, notre guide, incertain et troublé, s'arrêta. Là se serait peut-être terminée notre vie aventureuse , si des pillards du premier corps n'avaient point reconnu TEm-
pereur au niilieu de ces tourbillons de flammes; ils accoururent , et le guidèrent vers les décombres fumants d'un quartier réduit en cendres dès le matin.
Ce fut alors que Ton rencontra le Princed'Eckmùhl. Ce Maréchal , blessé à la Moskwa , se faisait rapporter dans les flammes pour en arracher Napoléon ou périr avec lui. Il se jeta dans ses bras avec transport; l'Empereur l'accueillit bien, mais avec ce calme qui, dans le péril, ne le quittait jamais.
Pour échapper à cette vaste région de maux, il fallut encore qu'il dépassât un long convoi de poudre qui déliait au travers de ces feux. Ce ne fut pas son moindre danger, mais ce fut le dernier, et l'on arriva avec la nuit à Petrowski.
1^ lendemain matin, 17 septembre, Napoléon tourna ses premiers regards sur Moscou , espérant voir l'incendie se calmer. Il le revit dans toute sa violence : toute cette cité lui parut une vaste trombe de feu qui s'élevait en tourbillonnant jusqu'au ciel, et le colorait fortement. Absorbé par cette funeste contemplation, il ne sortit d'un morne et long silence que pour s'écrier : « Ceci nous présage de grands <f malheurs ! »
L'effort qu'il venait de faire pour atteindre Moscou avait usé tous ses moyens de guerre. Moscou avait été le terme de ses projets , le but de toutes ses espérances, et Moscou s'évanouissait! Quel parti va-t-il prendre ? C'est alors surtout que ce génie si décisif