CHAPITRE IX
« de rhiver, le provoquer, le braver? On en était déjà « trop près. Et que deviendraient six mille blessés, a encore dans Moscou ? On allait donc les livrer à « Kutusof! Celui-ci talonnerait Tarmée! Il faudrait à a la fois attaquer et se défendre , et marcher comme « en fuyant à une conquête ! »
Ces chefs ont assuré qu'alors ils proposèrent différents projets ; soin bien inutile avec un Prince dont le génie devançait toutes les autres imaginations , et que leurs objections n'auraient point arrêté , s'il eût été .décidé à marcher sur Pétersbourg. Mais cette idée n'était en lui qu'une saillie de colère , une inspiration du désespoir de se voir obligé , à la face de l'Europe , de céder, d'abandonner une conquête , et de reculer !
C'était surtout une menace pour effrayer les siens comme les ennemis , et pour amener et appuyer une négociation qu'entamerait Caulaincourt. Ce Grand Officier avait plu à Alexandre : il était le seul , entre tous les Grands de la Cour de Napoléon , qui eût pris quelque ascendant sur son rival ; mais , depuis plusieurs mois , Napoléon le repoussait de son intimité , n'ayant pu lui faire approuver son expédition.
Ce fut pourtant à lui-même qu'en ce jour il fut forcé de recourir et de montrer son anxiété. Il l'appelle; mais, seul avec lui, il hésite. Il marche longtemps tout agité , et l'entraine sur ses pas, sans que sa fierté puisse se décider à rompre un si pénible si-
lence. £lle va céder enfin ^ mais en menaçant. II priera qu'on lui demande la paix comme s'il daignait Faccorder.
Après quelques mots à peine articulés : « Il va , (f dit-il, marcher sur Pétersbourg! Il sait que la des- « truction de cette ville afïligera sans doute son Grand « Écuycr. Alors la Russie se soulèvera contre TEm- « pereur Alexandre , il y aura une conjuration contre (c ce Monarque : on Tassassinera , ce sera un grand « malheur. Ce Prince , qu'il estime , il le regrettera , « tant pour lui que pour la France. Son caractère , « ajoute-t-il, convient à nos intérêts; aucun autre « Prince ne pourrait le remplacer avantageusement « pour nous. Il pense donc , pour prévenir cette ca- (t tastrophe , à lui envoyer Caulaincourt ! »
Mais le Duc de Vicence , plus capable d'opiniâtreté que de flatterie , ne changea point de langage; il soutint : « Que cette ouverture serait inutile ; que tant « que le sol russe ne serait pas entièrement évacué , « Alexandre n'écouterait aucune proposition ; que la « Russie sentait , à cette époque de Tannée , tout son « avantage; que, bien plus, cette démarche serait « nuisible, en ce qu'elle montrerait le besoin que « Napoléon avait de la paix, et découvrirait tout « l'embarras de notre position ! »
Il ajouta que , « plus le choix du négociateur serait « marquant, plus il marquerait d'inquiétude ; qu'ainsi « lui, plus que tout autre, échouerait, et d'autant