CHAPITRE I
On dit qu'à ces mots on vît s'enflammer de furem* toutes ces figures mâles et fortement colorées, auxquelles de longues barbes donnaient à la fois un air antique, imposant et sauvage. Leurs yeux ëtincelaient; une rage convulsive les saisit : leurs bras roidis qu'ils tordaient, leurs poings fermés, des cris étouffés, le grincement de leurs dents, en exprimaient la violence. L'effet y répondit. Leur chef, qu'ils élisent eux-mêmes , se montra digne de sa place : il souscrivit le premier pour cinquante mille roubles ; c'étaient les deux tiers de sa fortune, et il les apporta le lendemain.
Ces marchands sont divisés en trois classes; on proposa de fixer à chacune sa contribution. Mais l'un d'eux, qui comptait dans la dernière classe, déclara que son patriotisme ne se soumettrait à aucune limite; et dans l'instant il s'imposa lui-même bien au delà de la fixation proposée ; les autres suivirent , de plus ou moins loin , son exemple. On profita de leur premier mouvement. Ils trouvèrent sous leur main tout ce qu'il fallait poiu* s'engager irrévocablement , quand ils étaient encore ensemble , excités les uns par les autres et par les paroles de leur Empereur.
Ce don patriotique s'éleva , dit-on, à deux millions de roubles. Les autres gouvernements répétèrent, comme autant d'échos, le cri national de Moscou. L'Empereur accepta tout ; mais tout ne put être donné sur-le-champ ; et quand , pour achever son ouvrage ,
il réclama le reste des secours promis , il fut forcé d'user de contrainte, le péril, qui avait soumis les uns et écbaufTé les autres, s'étant éloigné.
CHAPITUË II. 11