‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 4 sur 232 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ont OU disgraciés ou dégoûtés, qui échappent à leur pouvoir par leur âge, par leur réputation, et qu'ils sont obligés de ménager.

La nécessité y ramena Alexandre; il s'y rendit de Polotsk, précédé de ses proclamations, et attendu par les Nobles et les marchands. Il y parut d'abord au milieu de la Noblesse réunie. La tout fut grand : la circonstance , l'assemblée , l'orateur, et les résolutions qu'il inspira. Sa voix était émue. A peine eûtil cessé, qu'un seul cri, mais simultané, unanime^ s'élança de tous les cœurs ; on entendit de toutes parts : « Sire, demandez tout! Nous vous offrons toutl « Prenez tout ! »

Puis aussitôt l'un de ces Nobles proposa la levée d'une milice , et, pour la former, le don d'un paysan sur vingt-cinq. Mais cent voix l'interrompirent en s'écriant : « Que la Patrie voulait davantage ; que c'é- « tait un serf sur dix, tout armé, équipé, et pourvu « de trois mois de vivres , qu'il fallait donner ! » C'était offrir, pour le seul gouvernement de Moscou ^ quatre- vingt mille hommes et beaucoup de munitions !

Ce sacrifice fut voté sur-le-champ , sans délibération , quelques-uns disent avec enthousiasme , et qu'it fut exécuté de même , tant que le danger fut présent. D'autres n'ont vu , dans l'adhésion de cette assemblée à une proposition si extrême , que de la soumission ; sentiment qui, devant un Pouvoir absolu, absorbe tous les autres.

Us ajoutent qu'au sortir de cette séance on en* tendit les principaux Nobles murmurer entre eiix contre l'exagération d'une telle mesure : « Le danger (c était-il donc si pressant ? L'armée russe , qu'on leur c( disait encore être de quatre cent mille hommes, (( n'existait-elle plus? Pourquoi donc leur enlever « tant de paysans ? Le service de ces miliciens ne se- « rait j disait-on , que temporaire ; mais comment es-^ i< pérer jamais leur retour ? Il faudrait bien plutôt le '< craindre! Ces serfs rapporteraient-ils des désordres « de la guerre une même soumission ? Non sans doute ; « ils en reviendraient tout pleins de nouvelles sen- (c sations et d'idées nouvelles , dont ils infecteraient V les villages ; ils y propageraient un esprit d'indoci- « lité qui rendrait le commandement incommode, « et gâterait la servitude. »

Quoi qu'il en soit, la résolution de cette asseml3lée fut généreuse et digne d'une si grande nation. Le détail importe peu; on sait assez qu'il est partout le même : que tout , dans le monde , perd à être vu de trop près; qu'enfin les Peuples doivent être jugés par masses et par résultats.

Alexandre parla ensuite aux marchands , mais plus brièvement. Il leur fit lire cette proclamation où Napoléon était représenté « comme un perfMe , un « Moloch , qui , la trahison dans le cœur et la loyauté rc sur les lèvres,. venait efTacer la Russie de la face du « monde! »

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