‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 52 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« mée pour se refaire , et à ses hôpitaux pour être « évacués ; que s'il abandonne ses blessés , on verra « les Cosaques triompher chaque jour de ses malades, « de ses traineurs. Il paraîtra fuir ! L'Europe en re- (c tenlira ! l'Europe qui l'envie , qui lui cherche un « rival , et qui croirait l'avoir trouvé dans Alexan- « drel »

Appréciant alors toute la force qu'il tire du prestige de son infaillibilité , il frémit d'y porter une première atteinte : « Quelle effrayante suite de guerres a périlleuses dateront de son premier pas rétrograde ! c( Qu'on ne blâme donc plus son inaction. Eh! ne « sais-je pas, ajoute-t-il, que militairement Moscou a ne vaut rien? Mais Moscou n'est point une position « militaire , c'est une position politique. On m'y croit « Général , quand j'y suis Empereur! « Puis il s'écrie : cf Qu'en politique il ne faut jamais reculer, ne jamais « revenir sur ses pas, se bien garder de convenir « d'une erreur ; que cela déconsidère ; que lorsqu'on « s'est trompé il faut persévérer, que cela donne rai- « son! »

C'est pourquoi il s'opiniâtre avec cette ténacité, ailleurs sa première qualité, ici son premier défaut.

Cependant sa détresse augmente : il sait qu'il ne doit pas compter sur l'armée prussienne. Un avis, d'une main trop sûre, adressé à Berthier, lui fait perdre sa confiance dans Tappui de l'armée autrichienne. Kutusof lejoue; il le sent, mais il se trouve

engagé si avant qu'il ne peut plus ni avancer, ni rester, ni reculer, ni combattre avec honneur et succès! Ainsi , tour à tour poussé , retenu par tout ce qui décide ou détourne , il demeure sur ces cendres , espérant à peine , et désirant toujours.

Sa lettre, remise par Lauriston, avait dû partir le 6 octobre; la réponse ne pouvait guère arriver avant le 20 ; et , malgré tant d'apparences menaçantes , la fierté de Napoléon, sa politique, et sa santé peut-être, lui conseillent le plus dangereux de tous les partis, celui d'attendre cette réponse, de se fier au temps qui le tue. Daru , comme ses autres officiers , s'étonne de ne point retrouver en lui cette décision vive , mobile et rapide comme les circonstances : ils disent que son génie ne sait plus s'y plier; ils s'en prennent à sa persistance naturelle , qui fit son élévation et qui causera sa chute !

Mais , dans cette position de guerre si critique par sa complication avec une position politique la plus délicate qui fût jamais , ce n'était point d'un caractère jusque-là si grand par son inébranlable persévérance qu'on devait attendre une prompte renonciation au but que, depuis Vitepsk, il s'était proposé.

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